La société d’assurance mutuelle pour réaliser des opérations Takaful en Europe

En France, le statut de société d’assurance mutuelle prévu par le Code des assurances permet de pratiquer à la fois le Takaful général et famille tout en restant fidèle aux principes de mutualisme et de philanthropie.

Les sociétés d’assurances mutuelles remplissent à la fois les conditions du modèle Takaful coopératif (but non lucratif, solidarité, cotisations variables, rappel et ristournes de cotisations) et qu’elles sont également par essence, conformes à l’esprit du Waqf. Cette spécificité est de nature propice à considérer la possibilité de créer un fonds Takaful dans le cadre juridique français de l’assurance mutuelle, disposant d’un fonds d’établissement constitué sous la forme d’un Waqf. Grâce au passeport européen, la société une fois créée pourrait offrir ses couvertures sur tout le continent européen.

En créant une société d’assurance mutuelle, investissant ses actifs de manière conforme aux règles de la finance islamique, disposant d’un conseil de supervision Charia comme préconisé par les standards AAOIFI et IFSB en vigueur, est obtenu un modèle permettant d’obtenir un consensus quant à sa conformité, et dans lequel les parties prenantes peuvent avoir une plus grande confiance.

L’expression développement « durable », ou « soutenable », a été citée pour la première fois en 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations unies l’a défini dans le rapport Brundtland comme étant : « les formes de développement qui répondent aux besoins du présent sans compromettre les capacités des générations futures à répondre aux leurs ». Ce concept n’est pas sans rappeler celui des finalités la Charia qui cherchent à favoriser tout ce contribue à la préservation de la création.

A ce titre, la société Takaful qui souhaitera parfaire sa mise en œuvre en Europe devra également appliquer ces principes et être à la pointe en matière de RSE. En plus d’être certifiée conforme au droit européen et à la Charia, il lui faudra également veiller à la mise en œuvre des recommandations de la norme ISO 26 000 qui précise l’intégration des normes de responsabilité sociale, de gouvernance et d’éthique au sein des organisations. A titre d’exemple d’institutions financières islamiques ayant intégré dans leur gestion les principes de la RSE, on peut citer le gérant d’actifs saoudien SEDCO Capital qui a intégré les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans deux de ses fonds d’actions, et Arabesque Asset Management qui a également intégré les principes de l’ESG qui permettent à ses fonds d’être commercialisés auprès d’investisseurs socialement responsables. Pour être à la pointe en matière de RSE, cette société Takaful de droit européen devra aussi réaliser des investissements qui soient à la fois conformes aux règles de la finance islamique mais aussi à celles de l’investissement socialement responsable (ISR), cela de manière à respecter la lettre du droit musulman mais surtout à en incarner l’esprit. Cela aura pour effet de séduire des personnes attirées par la conformité à l’éthique musulmane mais aussi des personnes à la recherche d’un modèle alternatif plus proche des valeurs de solidarité, de partage et de responsabilité.

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La finance islamique face aux défis de la baisse du prix du pétrole

La chute des cours du pétrole a non seulement eu un impact sur les revenus des pays exportateurs mais également sur les performances du secteur de la finance islamique, qui va devoir affronter certains défis.

L’année 2015 aura été l’une des pires années pour les prix du pétrole ainsi que pour les recettes publiques des pays producteurs avec des prix ayant chuté d’environ 114 dollars par baril en juin 2014, atteignant 27 dollars en janvier dernier. Dans le secteur bancaire des pays producteurs, la perte de croissance des dépôts liés aux recettes pétrolières a entraîné des pressions à court terme sur le marché monétaire.

En raison de la dégradation des finances publiques, les emprunts publics ont été orientés à la hausse. Par exemple, les émissions d’obligations souveraines des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) comprenant le Bahreïn, le Koweït, le Sultanat d’Oman, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis se sont élevées à 47,7 milliards de dollars au cours des neuf premiers mois de 2015, ce qui est encore plus élevé que le pic de 43 milliards de dollars constaté lors de la précédente chute du pétrole en 2009, et significativement plus élevé que l’ensemble de 2014 (2,8 milliards de dollars).

Retraits massifs

Tout le monde sait qu’en 2015 ont été constatés des retraits massifs de liquidités dans le système bancaire des pays producteurs de pétrole. L’industrie financière islamique ne fait pas exception et a été considérablement impactée, des effets notables ont été observés au niveau des fonds souverains, du marché des sukuk et de celui des fonds islamiques.

  • Sur les fonds souverains

Les fonds souverains des pays producteurs sont mis à contribution quand les recettes pétrolières diminuent, pour combler un déficit, il est toujours plus aisé d’enregistrer une plus-value en cédant des actifs plutôt que d’avoir recours à la dette. Il faut garder à l’esprit que la finance islamique tient sa vitalité en partie grâce aux investissements réalisés par les fonds souverains dans son industrie ces dernières années.

Prêtons attention aux 10 marchés financiers islamiques les plus développés d’après l’indice de développement de la finance islamique conçu par Thomson Reuters : on y retrouve les six pays du CCG, ainsi que le Soudan, la Malaisie, le Pakistan et l’Indonésie. Un critère de mesure de l’indice est la part du produit intérieur brut consacrée à l’investissement. Cependant, dans les économies du CCG, cette part consacrée à l’investissement est corrélée aux prix du pétrole : lorsqu’ils sont orientés à la hausse ils boostent le secteur, lorsqu’ils sont orientés à la baisse, ils le contractent car ils entraînent des mouvements de désinvestissements.

  • Sur le marché des sukuk

La diminution des recettes pétrolières des pays producteurs entraîne des problèmes de liquidité qui peuvent avoir pour effet de les pousser vers les marchés d’emprunts islamiques afin d’équilibrer leurs déficits. Standard & Poor’s a reconnu que les prix du pétrole pourraient stimuler l’émission de sukuk (1) puisque les gouvernements cherchent à financer leurs déficits. Cependant, l’agence estime que ce mouvement profite surtout au marché de la dette conventionnelle. Effectivement, en 2015 dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar), les émissions d’obligations conventionnelles ont augmenté de 140 % à 58 milliards de dollars, alors que les sukuk reculaient de 22 % atteignant 18 milliards de dollars.

Le marché mondial des sukuk a diminué en 2015 en raison de l’interruption des émissions de la banque Negara (banque centrale malaisienne) qui avait émis 50 milliards de sukuk en 2014 et représentait près de 50 % du marché. En 2016, les émissions de sukuk devraient se situer dans une fourchette comprise entre 50 à 55 milliards de dollars, toujours selon l’agence de notation Standard and Poor’s, alors qu’elles représentaient 63,5 milliards en 2015 et 116,4 milliards en 2014.

Performance plus faible

Alors que le niveau d’émission a été plus faible, la performance de cette classe d’actifs a également été plus faible au cours de 2015. L’indice S & P MENA sukuk a généré un rendement de 1,1% au cours de 2015, une chute par rapport au gain de 5,5% enregistré en 2014. Sa performance a également été légèrement plus faible que l’indice S & P MENA Bond qui a généré un gain de 1,8% au cours de 2015. En dépit de la moindre performance des indices sukuk au cours de 2015, les sukuk restent cependant une valeur refuge attrayante aux marchés actions de la région qui ont lourdement souffert ces derniers mois.

La baisse des cours du pétrole a un double effet contraire sur le marché des sukuk souverains. D’un côté, elle tire le marché vers le haut car elle peut conduire les pays producteurs à chercher de la dette islamique pour financer leurs projets d’infrastructure ; d’un autre, elle le tire vers le bas alors qu’ils tentent de maîtriser leurs déficits budgétaires. La maîtrise des déficits étant réalisée par la réduction les dépenses, le désinvestissement des fonds souverains ou encore l’exploitation des marchés de la dette classique. A cela vient s’ajouter un autre effet négatif de la baisse des cours du pétrole sur le marché des sukuk souverains : la diminution des ressources des pays producteurs due à la baisse des cours de pétrole entraîne une dégradation de leur solvabilité et par conséquent de la notation de leurs sukuk souverains.

Cela conduit à une baisse de la valeur des certificats sur le marché secondaire. Il semble cependant qu’un certain nombre de gouvernements prennent la route de l’industrie de la finance islamique : au moins sept nations ont exprimé leurs intentions d’émettre des sukuk dont le Koweït via Kuwait Petroleum Corporation, le Nigeria, le Kenya, le Qatar, l’Iran, l’Indonésie et la Malaisie qui a décidé de reprendre ses émissions en mars 2016.

  • Sur le marché des fonds islamiques

L’industrie des fonds islamiques était habituée à des taux de croissance de plus de 10% par an. Toutefois, en raison d’un grand nombre d’investisseurs institutionnels basés dans les pays arabes producteurs, la chute des cours a eu un impact considérable.

Les fonds conformes à la Charia ont subi leurs pires pertes en quatre ans. Les investissements réalisés dans l’industrie des fonds islamiques ont chuté de plus de 75% l’an dernier par rapport à 2014, d’après Morningstar seulement 584 millions de dollars ont été investis dans les fonds Charia compatibles l’année dernière contre 2.4 milliards de dollars investis en 2014.

Ce ralentissement est un gros revers pour les 60 milliards de dollars de l’industrie des fonds islamiques qui n’a commencé à se développer qu’au cours des dernières années, et soulève beaucoup de questions quant aux perspectives de développement.

L’arrivée du fonds Franklin Templeton

Les gestionnaires d’actifs ont répondu à des perspectives de croissance qui semblaient importantes en lançant en 2014 un nombre record de fonds conformes à la Charia, en hausse de 49% sur 2013, selon une étude de Thomson Reuters. Beaucoup de ces fonds sont gérés par des fournisseurs locaux, mais certains gestionnaires d’actifs mondiaux ont décidé d’y prendre part au cours des dernières années, comme par exemple Franklin Templeton gérant plus de 750 milliards de dollars de par le monde.

Les fonds islamiques sont en proie à des problèmes conjoncturels tels que la baisse des cours du pétrole mais aussi à des problèmes structurels, tels que leur petite taille. En effet, environ de la moitié des fonds conformes à la Charia avait en 2015 selon Thomson Reuters un actif sous gestion de moins de 10 millions de dollars. Seulement 8% des fonds islamiques gèrent au moins 100 millions de dollars, généralement considérés comme un minimum afin qu’un fonds puisse être rentable. Par ailleurs, en raison d’une sous-performance vis-à-vis des fonds conventionnels, les investisseurs sont plus susceptibles d’investir dans les fonds conventionnels. A titre d’exemple, nous pouvons citer le produit Charia actions mondiales de Franklin Templeton dont la performance a été de 4,8% au cours des trois dernières années alors qu’un investisseur ayant investi dans un fonds de l’indice MSCI ACWI, qui offre une exposition aux actions mondiales, aurait atteint 11,26%.

Selon un rapport du Centre financier islamique Malaysia International, et en dépit du recul des ventes de l’année dernière, les actifs sous gestion dans les fonds conformes à la Charia devraient augmenter d’environ 5% pour atteindre 77 milliards dollars d’ici 2019.

Les perspectives et les défis à surmonter

D’après un gestionnaire de fonds islamique basé à la City, le marché s’attend à ce que le rendement total pour l’année complète reste positif. La confiance vient de l’attente d’une remontée des prix du pétrole vers 50 dollars, augmentant le rythme des réformes fiscales dans les pays producteurs et l’afflux de capitaux de la zone euro et du Japon.

Les acteurs de l’industrie du pétrole et du gaz dans le CCG vont continuer à se tourner vers la finance islamique pour financer leurs projets. Par exemple, la Kuwait National Petroleum Company a confirmé qu’elle allait financer l’un de ses projets grâce à un emprunt par voie de sukuk et accéder ainsi pour la première fois aux marchés de la dette islamique. En effet, le Koweït entend augmenter la production de pétrole à 4 millions de barils par jour d’ici 2020. Cela pourrait renforcer sa position en tant qu’un des plus grands producteurs de pétrole du monde et potentiellement augmenter les contributions du pétrole à son PIB qui représente déjà plus de 50%.

Le Sultanat d’Oman avec une production de pétrole brut en février à 1,01 million de barils par jour ouvre ses portes aux entreprises de prospection internationales pour stimuler sa production d’hydrocarbures. Cela a conduit la firme malaisienne South Sea Energy partenaire clé de Petrotel Oman à réaliser une incursion sur le marché du sultanat en révélant avoir engagé la Banque Nizwa pour organiser une facilité de financement islamique structurée de 150 millions de dollars pour financer un projet de développement et de production dans le gouvernorat de Musandam.
Une voie de financement pour la Saudi Aramco

Le nombre d’entreprises du secteur des hydrocarbures ayant eu recours aux financements Charia compliant ont quadruplé cette année avec en tête la Saudi Aramco et ses 10 milliards de dollars de contrats islamiques.

L’industrie pétrolière et celle de la finance islamique sont intimement liées dans les pays arabes producteurs de pétrole : l’une finance l’autre, lorsque les prix du pétrole baissent, l’industrie financière islamique sert d’amortisseur des déficits publics et lorsqu’ils augmentent elle permet de transformer la liquidité en investissements.

Autant pour les pays arabes producteurs de pétrole que pour les promoteurs de l’industrie financière islamique, il devient crucial de prendre des mesures stratégiques et de mettre en œuvre des réformes vitales permettant d’assurer leur survie. Il est dorénavant indispensable de diversifier les sources de revenus et de limiter la dépendance pétrolière s’ils souhaitent conserver leur vitalité une fois la transition énergétique réalisée.

Il est intéressant de voir comment les héritiers de John Davison Rockefeller, qui avait fondé la première compagnie pétrolière à la fin du XIXe siècle, viennent de céder la totalité de leurs actifs détenus dans Exxon Mobil considérant le secteur polluant et donc condamné à disparaître. Si les pays arabes producteurs de pétrole et l’industrie de la finance islamique veulent continuer à se développer, il est nécessaire de se réinventer en offrant une véritable alternative permettant le financement de l’économie réelle et le développement économique et social. Cela ne pourra être possible que par la compétitivité, l’innovation permanente et le développement des marchés de banque de détail et d’assurance takaful.

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Pour aller plus loin, lire la finance islamique : bilan 2015 et perspectives 2016

Finance islamique : bilan 2015 et perspectives 2016

En 2016, le secteur de la finance islamique fait face à trois défis majeurs : la baisse des prix du pétrole, les changements rapides de la régulation financière mondiale et la fragmentation du marché. Malgré des chiffres quelque peu en berne pour l’année 2016, les analystes tablent toujours sur une croissance à l’horizon 2020.

La croissance du secteur va probablement ralentir en 2016, l’industrie a atteint une masse critique en 2015, avec un actif total dépassant 2 000 milliards de dollars. Selon le dernier rapport annuel de l’Islamic Finance News, l’industrie fait face aujourd’hui à trois défis majeurs : la baisse des prix du pétrole, les changements rapides de la régulation financière mondiale et la fragmentation du marché.

Selon Standard and Poor’s, la croissance de l’industrie devrait passer en 2016 à un taux de croissance à un chiffre contre des taux croissance qui allaient de 10 à 15 % au cours de la dernière décennie.

Une baisse des émissions de sukuk

Le marché mondial des sukuk a baissé en 2015 en raison de l’interruption des émissions de la banque Negara (banque centrale malaisienne) qui avait émis 50 milliards de sukuk en 2014 et représentait près de 50 % du marché. En 2016, les émissions de sukuk devraient se situer dans une fourchette comprise entre 50 à 55 milliards de dollars, toujours selon l’agence de notation Standard and Poor’s, alors qu’elles représentaient 63,5 milliards en 2015 et 116,4 milliards en 2014.

En 2015, dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar), les émissions d’obligations conventionnelles fondées sur l’intérêt ont augmenté de 140 % à 58 milliards de dollars, alors que les sukuk reculaient de 22 % à 18 milliards de dollars.

3 000 milliards dans les années 2020

La finance islamique va toutefois conserver l’élan nécessaire pour continuer à progresser et à maintenir une certaine croissance. En effet, les gouvernements du monde entier voient dans cette finance un outil pour maintenir leurs dépenses budgétaires et contrer l’impact négatif des prix du pétrole sur leurs budgets. Les changements réglementaires pourraient aider l’industrie à résoudre les problèmes liés à l’absence d’instruments de gestion des liquidités et lui permettre d’appliquer plus rigoureusement le principe du partage des pertes et des profits. Quant à la normalisation des pratiques, elle pourra permettre d’améliorer l’intégration de l’industrie et sa capacité d’innovation.

Les analystes estiment que l’industrie devrait atteindre une valeur de 3 000 milliards de dollars dans le courant de la prochaine décennie. Cette croissance sera probablement le résultat de la combinaison à la fois des efforts déployés par les acteurs de la finance islamique et de sa contribution au développement de l’économie réelle, qui alimente l’intérêt des États et des institutions qui sont en charge du développement.

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Voir la finance islamique française en 2016

La finance islamique au service du développement des économies africaines

La Société islamique pour le développement du secteur privé (SID) estime, dans un rapport mettant en exergue les opportunités et le potentiel de développement de la finance islamique en Afrique, que la finance islamique est en mesure de mobiliser les ressources financières permettant d’apporter au continent une croissance durable.

Alors que les déficits budgétaires ne cessent de croitre, la région a besoin de 93 milliards de dollars pour financer son développement. L’Afrique subsaharienne compte 17% des personnes non bancarisées de la planète, le développement de la micro finance islamique pourrait offrir la possibilité d’encourager l’inclusion financière.

Aujourd’hui, avec l’usage de la finance islamique, les États africains souhaitent sortir de la spirale de la dette et opter pour une finance plus équitable leur assurant un développement durable. L’aide publique au développement fournie par les pays industriels du Nord aux 122 pays du Tiers-monde s’est élevée à 88 milliards de dollars en 2012. Durant la même année, ces derniers ont transféré aux banques du Nord une somme supérieure au service de la dette.

C’est dans le but d’éviter ces effets pervers et d’assurer un développement économique et social vertueux dans les 56 États membres de l’OCI que la Banque Islamique de Développement (BID) joue un rôle moteur sur le continent africain. La BID souhaite consacrer au financement d’infrastructures 7 milliards de dollars dans les cinq prochaines années en Afrique, ce qui représente près d’un tiers de son budget. Cet engagement s’est matérialisé par la signature d’un accord avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui a identifié dans son plan stratégique 2014-2021 le développement de la finance islamique comme étant un axe prioritaire.

Nouvelle banque islamique en Tunisie

Selon le premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Duncan, « la finance islamique est une opportunité pour les pays africains qui éprouvent des besoins de financement de leurs économies en marche vers l’émergence ». Le 20 novembre dernier, la Côte d’Ivoire émettait son premier sak souverain. L’opération a porté sur la collecte de près de 230 millions d’euros (150 milliards de FCFA), il s’agit d’une première tranche puisque la Côte d’Ivoire a l’intention de lever à nouveau la même somme par voie de sukuk d’ici à 2020. Après le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire ; le Nigeria, le Niger et la Tunisie comptent en faire autant.

A noter qu’en Tunisie, une nouvelle banque islamique est prête à voir le jour : El Wifack Leasing a obtenu un accord de la banque centrale pour devenir une banque islamique à part entière, dotée d’un capital de 150 millions de dinars tunisiens, la Wifack Islamic Bank (WIB) deviendra après El Baraka et Zitouna la 3ème banque islamique tunisienne. En Ouganda, le parlement a approuvé le projet de réforme de ses institutions financières et donné son accord pour l’introduction des services bancaires islamiques, un Conseil consultatif de la Charia sera créé au sein de la banque centrale.

Le dynamisme marocain

Le journal l’Economiste rapporte qu’Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Banque centrale du Maroc, a indiqué qu’une quinzaine d’institutions financières ont déposé des demandes d’agrément pour l’obtention des licences bancaires participatives. Parmi elles on retrouve l’alliance BMCI et BNP Paribas Nejmah ainsi que BCP qui envisage un partenariat stratégique avec Guidance Group, groupe américain spécialisé dans l’investissement immobilier. On peut également citer Al Baraka Bank qui sera détenue par parts égales par le groupe Baraka et BMCE.

Tout récemment Reuters a rapporté que le Crédit Immobilier et hôtelier (CIH Bank) a déposé une demande d’agrément dans le but de lancer une filiale dédiée à la finance islamique. Cette filiale doit être créée en partenariat avec la banque qatarie Qatar International Islamic Bank (QIIB) qui ambitionnait de s’implanter au Maroc depuis déjà plusieurs années et qui détiendra 40 % des parts de la future banque. Le lancement est attendu courant 2016, une fois les autorisations nécessaires obtenues.

Quant au développement du Takaful, un projet de loi a été approuvé le 14 mai 2015 par le Conseil de gouvernement en vue de sa transmission au parlement. Rappelons que le Maroc s’est doté d’un comité de conformité à la Charia central destiné à encadrer le développement et assurer la conformité du secteur participatif. Ce comité est composé de 15 membres : 10 jurisconsultes et 5 experts financiers.

Un ralentissement en Asie et au Moyen-Orient

En Indonésie, première économie d’Asie du Sud-Est et pays musulman le plus peuplé au monde, le régulateur a pris des dispositions afin de développer le secteur financier islamique qui représente actuellement moins de 5% des actifs bancaires indonésiens. Lorsque l’on sait que ces actifs avoisinent 50 % en Arabie Saoudite et 25 % en Malaisie, il est aisé d’entrevoir la réserve de croissance considérable du secteur indonésien. Parmi les disposition retenues on notera la fusion de quatre filiales islamiques de banques conventionnelles (fenêtres islamiques) appartenant à l’ État en vue de créer une seule banque publique islamique ayant une taille lui permettant d’être plus compétitive face à ses concurrentes conventionnelles.

Cependant, malgré le dynamisme africain et indonésien, la croissance du secteur va probablement ralentir en 2016, l’industrie a atteint une masse critique, avec un actif total dépassant 2 000 milliards de dollars. Selon le dernier rapport annuel de l’Islamic Finance News, l’industrie fait face aujourd’hui  à trois défis majeurs: la baisse des prix du pétrole, les changements rapides de la régulation financière mondiale et la fragmentation du marché. Selon Standard and Poor’s la croissance de l’industrie devrait passer en 2016 à un taux de croissance à un chiffre contre des taux croissance qui allaient de 10 à 15% au cours de dernière décennie.

Le marché mondial des sukuk a baissé en 2015 en raison de l’interruption des émissions de la banque Negara (banque centrale malaisienne) qui avait émis 50 milliards de sukuk en 2014 et représentait près de 50 % du marché. En 2016, les émissions de sukuk devraient se situer dans une fourchette comprise entre 50 à 55 milliards de dollars, toujours selon l’agence de notation Standard dans Poor’s, alors qu’elles représentaient 63,5 milliards en 2015 et 116,4 milliards en 2014. En 2015 dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar), les émissions d’obligations conventionnelles basées sur l’intérêt ont augmenté de 140 % à 58 milliards de dollars alors que les sukuk reculaient de 22% à 18 milliards de dollars.

3 000 milliards dans les années 2020

La finance islamique va conserver l’élan nécessaire pour continuer à progresser et maintenir une certaine croissance. Les gouvernements du monde entier voient dans cette finance un outil pour maintenir leurs dépenses budgétaires et contrer l’impact négatif des prix du pétrole sur leurs budgets. Les changements réglementaires pourraient aider l’industrie à résoudre les problèmes liés à l’absence d’instruments de gestion des liquidités et lui permettre d’appliquer plus rigoureusement le principe du partage des pertes et des profits. Quant à la normalisation des pratiques, elle pourra permettre d’améliorer l’intégration de l’industrie et sa capacité d’innovation.

Les analystes estiment que l’industrie devrait atteindre une valeur de 3000 milliards de dollars dans le courant de la prochaine décennie. Cette croissance sera probablement le résultat de la combinaison des efforts déployés par les acteurs de la finance islamique ainsi que sa contribution au développement de l’économie réelle, qui alimente l’intérêt des États et institutions en charge du développement.

Quant à l’Europe, rappelons que le Luxembourg au travers de la politique volontariste de son Premier ministre a réaffirmé son souhait de voir une banque islamique sur son sol et se prépare à une nouvelle émission de sak souverain.

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10th World Islamic Economic Forum

Le Forum mondial de l’économie islamique (World Islamic Economic Forum, WIEF) comptait 400 participants lors de sa première édition à Kuala Lumpur (Malaisie) il y a dix ans. Aujourd’hui, ils sont plus de 3 000 à Dubaï (Émirats arabes unis) pour la dixième édition du WIEF qui jouit désormais d’une reconnaissance mondiale sans précédent.

Pour le président de la fondation WIEF, M. The Hon. Tun Musa Hitam, les échanges et la coopération entre les États en vue de favoriser le développement économique restent le meilleur moyen de permettre une meilleure compréhension mutuelle entre les peuples et les cultures.

Le choix de Dubaï comme lieu d’accueil du Forum n’est pas anodin : en effet, la ville la plus peuplée des Émirats arabes unis ne cache pas son ambition de devenir la capitale de l’économie islamique, qui comprend, entre autres, l’industrie pharmaceutique, le tourisme, l’industrie agroalimentaire, les cosmétiques ou encore les services financiers.

Afin d’atteindre cet objectif, des efforts ont été entrepris par Dubaï pour développer sa place financière et plus particulièrement le compartiment de la finance islamique. L’industrie de la finance islamique, qui totalise à ce jour plus de 1 800 milliards de dollars d’actifs, devrait connaître une croissance sans précédent dans les cinq prochaines années pour atteindre 4 000 milliards de dollars à l’horizon 2020. Dubaï se positionne dans le haut du classement, puisqu’elle est déjà la troisième place mondiale pour l’émission de sukuk qui, rappelons-le, sont une innovation majeure dans l’univers de la finance.

Développer des économies fortes par le savoir

Au cours de la cérémonie d’ouverture du Forum, de nombreuses personnalités du monde politique, économique et financier sont intervenues. Premièrement, la gouverneure de la Banque centrale malaisienne, The Hon. Dr Zeti Akhtar Aziz, pour qui « ce Forum est un instrument permettant la coopération entre les entreprises et les États ».
 

Pour le Premier ministre malaisien, The Hon. Dato’ Sri Mohd Najib Tun Abdul Razak, « la question de la sécurité alimentaire et du développement économique est primordiale, la spéculation sur les matières premières ne devant pas être tolérée ». Ces défis majeurs ne pourront être surmontés sans que toute l’attention soit portée vers l’éducation. Après avoir rappelé que les musulmans ont été à la pointe de l’éducation pendant des siècles, il a dressé un constat alarmant concernant le taux d’analphabétisme de certains pays musulmans, qui atteint parfois 40 % chez les hommes et 65 % chez les femmes et les a appelés à se ressaisir.

Le Forum doit permettre de canaliser tous les moyens possibles pour contribuer au développement économique et social des pays musulmans. Il est nécessaire de développer des économies fortes menées par le savoir et d’encourager une culture de l’apprentissage. Le Premier ministre malaisien en a également profité pour rendre hommage à Ladal Yousafzai, Prix Nobel de la paix, obtenu à l’âge de 17 ans en raison de son combat mené pour l’éducation des femmes.

Pour le Premier ministre du Luxembourg, M. Xavier Bettel, qui a fait le déplacement jusque Dubaï, il est nécessaire d’explorer le futur de la finance et de l’économie islamique, c’est une des raisons qui ont poussé la place luxembourgeoise à être la première à coter un sak en Europe dès 2002. « C’est en prônant des valeurs de paix, de tolérance et d’ouverture aux autres cultures qu’il est devenu naturel pour le Luxembourg de diversifier son offre financière. Cela a permis de répondre aux besoins de certains investisseurs désireux de diversifier leurs investissements et de leur offrir des solutions alternatives plus équitables », explique Xavier Bettel. Ce volontarisme affiché envers le développement de la finance islamique contribue à renforcer le dialogue et la compréhension mutuelle permettant une croissance durable.

Plus d’humanisme, d’éducation et de partage

Le président de la Banque islamique de développement (BID), Dr Ahmad Mohamed Ali, a, quant à lui, soulevé quelques problématiques actuelles auxquels les États doivent faire face : Retrouvons-nous nos valeurs dans le monde que nous sommes en train de construire ? Quelle serait la meilleure forme de partenariat à adopter pour surmonter de nouveaux défis tels que les crises économiques ou encore les catastrophes naturelles ?

Il a également interrogé l’assistance sur les gains obtenus par des entreprises impliquées dans des opérations de guerre et de destructions comme celles de Gaza, en Irak ou en Lybie et comment reconstruire ce qui a été détruit.

Il a souligné la nécessité de revenir à des objectifs économiques plus louables pour l’humanité : il faut faire en sorte que les échanges commerciaux et industriels puissent conduire à une amélioration significative des processus de développement économique et social engagés dans les pays membres de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Il a insisté sur la nécessité de faire parvenir aux pauvres qui vivent en marge de l’économie les fruits de ce développement. « Nous ne devons pas oublier la vision et le rêve qui peuvent permettre de réaliser une œuvre commune. La Banque islamique de développement a prévu de mettre en place un partenariat avec la Banque mondiale afin de favoriser l’éducation et du lutter contre l’illettrisme dans les États membres », a annoncé Ahmad Mohamed Ali. Il est également prévu que la BID coopère avec le gouvernement du Royaume-Uni et crée un fonds spécial d’intégration des femmes dans l’activité économique.

Une des conclusions de la cérémonie d’ouverture de la 10e édition du WIEF fut que le monde a besoin de plus d’humanisme, d’éducation et de partage et qu’il est nécessaire de développer une forte coopération entre les pays musulmans et les pays non musulmans. « Il est urgent de partager les valeurs universelles de solidarité et de prospérité permettant à l’humanité de vivre en paix », clame l’assemblée à l’unisson.

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