Brexit : Sukuk souverain en 2019, la finance islamique comme plan B

En 2014, la Grande-Bretagne avait émis un sukuk d’une maturité de 5 ans de 200 millions de livres sterling sursouscrit plus de 10 fois. Un porte-parole du Trésor a récemment déclaré à l’agence Reuters que le gouvernement britannique envisageait de relancer dès son échéance en 2019 une nouvelle émission souveraine de sukuk d’un montant d’un milliard de livres sterling.

« Le Royaume-Uni est le principal centre occidental pour la finance islamique et le gouvernement s’est engagé à assurer le succès de ce secteur« , a déclaré le porte-parole du Trésor.

Le Brexit accélérateur de la finance islamique

En rendant plus difficile son accès au marché de l’Union, le Brexit menace la domination de Londres sur les autres centres financiers européens. Une étude réalisée par Reuters analysant les conséquences du Brexit a révélée qu’au cours des prochaines années environ 10 000 emplois pourraient être relocalisés à l’étranger, ce qui va indéniablement profiter aux places de Francfort et Paris.

Le développement de la finance islamique apparaît alors pour la City comme un moyen de contrecarrer cet effet en renforçant ses liens avec les deux principaux centres financiers islamiques mondiaux que sont les régions de l’Asie du Sud-Est et du Golfe. Dans ce contexte, le Brexit va donc avoir pour conséquence d’accélérer le développement du secteur financier islamique de la place londonienne, le Royaume-Uni étant désireux de créer des liens économiques avec des pays non membres de l’UE.

Rappelons que la place de Londres est un important centre de cotation de valeurs mobilières islamiques avec 65 sukuk côtés pour une valeur de 48 milliards de dollars. Par ailleurs, dans le cadre de sa stratégie visant à élargir la liquidité du marché, la Banque d’Angleterre a déclaré en avril dernier qu’elle allait mettre à la disposition des banques islamiques de la place un outil de gestion de la liquidité.

Un marché londonien de l’assurance islamique Takaful pas en reste

Entrainée dans le sillage de la finance islamique, l’assurance Takaful a connu une croissance phénoménale et représentait en 2015 d’après ICD Thomson Reuters un marché de 38 milliards de dollars. Selon les données publiées par Moodys, les contributions brutes Takaful ont augmenté à un taux de croissance annuel composé de 33% entre 2005 et 2010, ralentissant à 18% entre 2008 et 2013. Fitch Ratings indique que sur de nombreux marchés, le Takaful continue de se développer plus rapidement que l’assurance conventionnelle.

Récemment, l’assureur américain AIG en collaboration avec le courtier londonien Cobalt Underwriting a présenté sa première police d’assurance Takaful destinée à la zone MENA. Cette police protège les investisseurs réalisant des fusions acquisitions dans la zone MENA de tout risque de dépréciation d’actifs liés à leur mauvaise appréciation.

La place londonienne s’est également dotée d’une institution de lobbying : l’Islamic Insurance Association of London (IIAL) dont les objectifs principaux sont de promouvoir des normes pour les produits Charia compatibles et d’assurer la promotion du marché londonien de l’assurance Takaful.

A ce titre, l’association a récemment fait le déplacement au Bahreïn et à Dubaï pour accroître la collaboration avec ces deux places dans l’élaboration de nouvelles couvertures d’assurances Takaful.

Le développement doit se poursuivre avec une nouvelle capacité de Retakaful offerte par le Lloyd’s Dubaï. La création de cette plate-forme offre potentiellement une capacité Retakaful pour les risques commerciaux.

Avec le renforcement de la règlementation et le développement de l’assurance Takaful à l’échelle mondiale, ce marché va continuer sa consolidation et Londres dispose d’une avance considérable sur les autres places européennes restées au point mort en la matière.

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10th World Islamic Economic Forum

Le Forum mondial de l’économie islamique (World Islamic Economic Forum, WIEF) comptait 400 participants lors de sa première édition à Kuala Lumpur (Malaisie) il y a dix ans. Aujourd’hui, ils sont plus de 3 000 à Dubaï (Émirats arabes unis) pour la dixième édition du WIEF qui jouit désormais d’une reconnaissance mondiale sans précédent.

Pour le président de la fondation WIEF, M. The Hon. Tun Musa Hitam, les échanges et la coopération entre les États en vue de favoriser le développement économique restent le meilleur moyen de permettre une meilleure compréhension mutuelle entre les peuples et les cultures.

Le choix de Dubaï comme lieu d’accueil du Forum n’est pas anodin : en effet, la ville la plus peuplée des Émirats arabes unis ne cache pas son ambition de devenir la capitale de l’économie islamique, qui comprend, entre autres, l’industrie pharmaceutique, le tourisme, l’industrie agroalimentaire, les cosmétiques ou encore les services financiers.

Afin d’atteindre cet objectif, des efforts ont été entrepris par Dubaï pour développer sa place financière et plus particulièrement le compartiment de la finance islamique. L’industrie de la finance islamique, qui totalise à ce jour plus de 1 800 milliards de dollars d’actifs, devrait connaître une croissance sans précédent dans les cinq prochaines années pour atteindre 4 000 milliards de dollars à l’horizon 2020. Dubaï se positionne dans le haut du classement, puisqu’elle est déjà la troisième place mondiale pour l’émission de sukuk qui, rappelons-le, sont une innovation majeure dans l’univers de la finance.

Développer des économies fortes par le savoir

Au cours de la cérémonie d’ouverture du Forum, de nombreuses personnalités du monde politique, économique et financier sont intervenues. Premièrement, la gouverneure de la Banque centrale malaisienne, The Hon. Dr Zeti Akhtar Aziz, pour qui « ce Forum est un instrument permettant la coopération entre les entreprises et les États ».
 

Pour le Premier ministre malaisien, The Hon. Dato’ Sri Mohd Najib Tun Abdul Razak, « la question de la sécurité alimentaire et du développement économique est primordiale, la spéculation sur les matières premières ne devant pas être tolérée ». Ces défis majeurs ne pourront être surmontés sans que toute l’attention soit portée vers l’éducation. Après avoir rappelé que les musulmans ont été à la pointe de l’éducation pendant des siècles, il a dressé un constat alarmant concernant le taux d’analphabétisme de certains pays musulmans, qui atteint parfois 40 % chez les hommes et 65 % chez les femmes et les a appelés à se ressaisir.

Le Forum doit permettre de canaliser tous les moyens possibles pour contribuer au développement économique et social des pays musulmans. Il est nécessaire de développer des économies fortes menées par le savoir et d’encourager une culture de l’apprentissage. Le Premier ministre malaisien en a également profité pour rendre hommage à Ladal Yousafzai, Prix Nobel de la paix, obtenu à l’âge de 17 ans en raison de son combat mené pour l’éducation des femmes.

Pour le Premier ministre du Luxembourg, M. Xavier Bettel, qui a fait le déplacement jusque Dubaï, il est nécessaire d’explorer le futur de la finance et de l’économie islamique, c’est une des raisons qui ont poussé la place luxembourgeoise à être la première à coter un sak en Europe dès 2002. « C’est en prônant des valeurs de paix, de tolérance et d’ouverture aux autres cultures qu’il est devenu naturel pour le Luxembourg de diversifier son offre financière. Cela a permis de répondre aux besoins de certains investisseurs désireux de diversifier leurs investissements et de leur offrir des solutions alternatives plus équitables », explique Xavier Bettel. Ce volontarisme affiché envers le développement de la finance islamique contribue à renforcer le dialogue et la compréhension mutuelle permettant une croissance durable.

Plus d’humanisme, d’éducation et de partage

Le président de la Banque islamique de développement (BID), Dr Ahmad Mohamed Ali, a, quant à lui, soulevé quelques problématiques actuelles auxquels les États doivent faire face : Retrouvons-nous nos valeurs dans le monde que nous sommes en train de construire ? Quelle serait la meilleure forme de partenariat à adopter pour surmonter de nouveaux défis tels que les crises économiques ou encore les catastrophes naturelles ?

Il a également interrogé l’assistance sur les gains obtenus par des entreprises impliquées dans des opérations de guerre et de destructions comme celles de Gaza, en Irak ou en Lybie et comment reconstruire ce qui a été détruit.

Il a souligné la nécessité de revenir à des objectifs économiques plus louables pour l’humanité : il faut faire en sorte que les échanges commerciaux et industriels puissent conduire à une amélioration significative des processus de développement économique et social engagés dans les pays membres de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Il a insisté sur la nécessité de faire parvenir aux pauvres qui vivent en marge de l’économie les fruits de ce développement. « Nous ne devons pas oublier la vision et le rêve qui peuvent permettre de réaliser une œuvre commune. La Banque islamique de développement a prévu de mettre en place un partenariat avec la Banque mondiale afin de favoriser l’éducation et du lutter contre l’illettrisme dans les États membres », a annoncé Ahmad Mohamed Ali. Il est également prévu que la BID coopère avec le gouvernement du Royaume-Uni et crée un fonds spécial d’intégration des femmes dans l’activité économique.

Une des conclusions de la cérémonie d’ouverture de la 10e édition du WIEF fut que le monde a besoin de plus d’humanisme, d’éducation et de partage et qu’il est nécessaire de développer une forte coopération entre les pays musulmans et les pays non musulmans. « Il est urgent de partager les valeurs universelles de solidarité et de prospérité permettant à l’humanité de vivre en paix », clame l’assemblée à l’unisson.

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