La finance islamique face aux défis de la baisse du prix du pétrole

La chute des cours du pétrole a non seulement eu un impact sur les revenus des pays exportateurs mais également sur les performances du secteur de la finance islamique, qui va devoir affronter certains défis.

L’année 2015 aura été l’une des pires années pour les prix du pétrole ainsi que pour les recettes publiques des pays producteurs avec des prix ayant chuté d’environ 114 dollars par baril en juin 2014, atteignant 27 dollars en janvier dernier. Dans le secteur bancaire des pays producteurs, la perte de croissance des dépôts liés aux recettes pétrolières a entraîné des pressions à court terme sur le marché monétaire.

En raison de la dégradation des finances publiques, les emprunts publics ont été orientés à la hausse. Par exemple, les émissions d’obligations souveraines des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) comprenant le Bahreïn, le Koweït, le Sultanat d’Oman, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis se sont élevées à 47,7 milliards de dollars au cours des neuf premiers mois de 2015, ce qui est encore plus élevé que le pic de 43 milliards de dollars constaté lors de la précédente chute du pétrole en 2009, et significativement plus élevé que l’ensemble de 2014 (2,8 milliards de dollars).

Retraits massifs

Tout le monde sait qu’en 2015 ont été constatés des retraits massifs de liquidités dans le système bancaire des pays producteurs de pétrole. L’industrie financière islamique ne fait pas exception et a été considérablement impactée, des effets notables ont été observés au niveau des fonds souverains, du marché des sukuk et de celui des fonds islamiques.

  • Sur les fonds souverains

Les fonds souverains des pays producteurs sont mis à contribution quand les recettes pétrolières diminuent, pour combler un déficit, il est toujours plus aisé d’enregistrer une plus-value en cédant des actifs plutôt que d’avoir recours à la dette. Il faut garder à l’esprit que la finance islamique tient sa vitalité en partie grâce aux investissements réalisés par les fonds souverains dans son industrie ces dernières années.

Prêtons attention aux 10 marchés financiers islamiques les plus développés d’après l’indice de développement de la finance islamique conçu par Thomson Reuters : on y retrouve les six pays du CCG, ainsi que le Soudan, la Malaisie, le Pakistan et l’Indonésie. Un critère de mesure de l’indice est la part du produit intérieur brut consacrée à l’investissement. Cependant, dans les économies du CCG, cette part consacrée à l’investissement est corrélée aux prix du pétrole : lorsqu’ils sont orientés à la hausse ils boostent le secteur, lorsqu’ils sont orientés à la baisse, ils le contractent car ils entraînent des mouvements de désinvestissements.

  • Sur le marché des sukuk

La diminution des recettes pétrolières des pays producteurs entraîne des problèmes de liquidité qui peuvent avoir pour effet de les pousser vers les marchés d’emprunts islamiques afin d’équilibrer leurs déficits. Standard & Poor’s a reconnu que les prix du pétrole pourraient stimuler l’émission de sukuk (1) puisque les gouvernements cherchent à financer leurs déficits. Cependant, l’agence estime que ce mouvement profite surtout au marché de la dette conventionnelle. Effectivement, en 2015 dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar), les émissions d’obligations conventionnelles ont augmenté de 140 % à 58 milliards de dollars, alors que les sukuk reculaient de 22 % atteignant 18 milliards de dollars.

Le marché mondial des sukuk a diminué en 2015 en raison de l’interruption des émissions de la banque Negara (banque centrale malaisienne) qui avait émis 50 milliards de sukuk en 2014 et représentait près de 50 % du marché. En 2016, les émissions de sukuk devraient se situer dans une fourchette comprise entre 50 à 55 milliards de dollars, toujours selon l’agence de notation Standard and Poor’s, alors qu’elles représentaient 63,5 milliards en 2015 et 116,4 milliards en 2014.

Performance plus faible

Alors que le niveau d’émission a été plus faible, la performance de cette classe d’actifs a également été plus faible au cours de 2015. L’indice S & P MENA sukuk a généré un rendement de 1,1% au cours de 2015, une chute par rapport au gain de 5,5% enregistré en 2014. Sa performance a également été légèrement plus faible que l’indice S & P MENA Bond qui a généré un gain de 1,8% au cours de 2015. En dépit de la moindre performance des indices sukuk au cours de 2015, les sukuk restent cependant une valeur refuge attrayante aux marchés actions de la région qui ont lourdement souffert ces derniers mois.

La baisse des cours du pétrole a un double effet contraire sur le marché des sukuk souverains. D’un côté, elle tire le marché vers le haut car elle peut conduire les pays producteurs à chercher de la dette islamique pour financer leurs projets d’infrastructure ; d’un autre, elle le tire vers le bas alors qu’ils tentent de maîtriser leurs déficits budgétaires. La maîtrise des déficits étant réalisée par la réduction les dépenses, le désinvestissement des fonds souverains ou encore l’exploitation des marchés de la dette classique. A cela vient s’ajouter un autre effet négatif de la baisse des cours du pétrole sur le marché des sukuk souverains : la diminution des ressources des pays producteurs due à la baisse des cours de pétrole entraîne une dégradation de leur solvabilité et par conséquent de la notation de leurs sukuk souverains.

Cela conduit à une baisse de la valeur des certificats sur le marché secondaire. Il semble cependant qu’un certain nombre de gouvernements prennent la route de l’industrie de la finance islamique : au moins sept nations ont exprimé leurs intentions d’émettre des sukuk dont le Koweït via Kuwait Petroleum Corporation, le Nigeria, le Kenya, le Qatar, l’Iran, l’Indonésie et la Malaisie qui a décidé de reprendre ses émissions en mars 2016.

  • Sur le marché des fonds islamiques

L’industrie des fonds islamiques était habituée à des taux de croissance de plus de 10% par an. Toutefois, en raison d’un grand nombre d’investisseurs institutionnels basés dans les pays arabes producteurs, la chute des cours a eu un impact considérable.

Les fonds conformes à la Charia ont subi leurs pires pertes en quatre ans. Les investissements réalisés dans l’industrie des fonds islamiques ont chuté de plus de 75% l’an dernier par rapport à 2014, d’après Morningstar seulement 584 millions de dollars ont été investis dans les fonds Charia compatibles l’année dernière contre 2.4 milliards de dollars investis en 2014.

Ce ralentissement est un gros revers pour les 60 milliards de dollars de l’industrie des fonds islamiques qui n’a commencé à se développer qu’au cours des dernières années, et soulève beaucoup de questions quant aux perspectives de développement.

L’arrivée du fonds Franklin Templeton

Les gestionnaires d’actifs ont répondu à des perspectives de croissance qui semblaient importantes en lançant en 2014 un nombre record de fonds conformes à la Charia, en hausse de 49% sur 2013, selon une étude de Thomson Reuters. Beaucoup de ces fonds sont gérés par des fournisseurs locaux, mais certains gestionnaires d’actifs mondiaux ont décidé d’y prendre part au cours des dernières années, comme par exemple Franklin Templeton gérant plus de 750 milliards de dollars de par le monde.

Les fonds islamiques sont en proie à des problèmes conjoncturels tels que la baisse des cours du pétrole mais aussi à des problèmes structurels, tels que leur petite taille. En effet, environ de la moitié des fonds conformes à la Charia avait en 2015 selon Thomson Reuters un actif sous gestion de moins de 10 millions de dollars. Seulement 8% des fonds islamiques gèrent au moins 100 millions de dollars, généralement considérés comme un minimum afin qu’un fonds puisse être rentable. Par ailleurs, en raison d’une sous-performance vis-à-vis des fonds conventionnels, les investisseurs sont plus susceptibles d’investir dans les fonds conventionnels. A titre d’exemple, nous pouvons citer le produit Charia actions mondiales de Franklin Templeton dont la performance a été de 4,8% au cours des trois dernières années alors qu’un investisseur ayant investi dans un fonds de l’indice MSCI ACWI, qui offre une exposition aux actions mondiales, aurait atteint 11,26%.

Selon un rapport du Centre financier islamique Malaysia International, et en dépit du recul des ventes de l’année dernière, les actifs sous gestion dans les fonds conformes à la Charia devraient augmenter d’environ 5% pour atteindre 77 milliards dollars d’ici 2019.

Les perspectives et les défis à surmonter

D’après un gestionnaire de fonds islamique basé à la City, le marché s’attend à ce que le rendement total pour l’année complète reste positif. La confiance vient de l’attente d’une remontée des prix du pétrole vers 50 dollars, augmentant le rythme des réformes fiscales dans les pays producteurs et l’afflux de capitaux de la zone euro et du Japon.

Les acteurs de l’industrie du pétrole et du gaz dans le CCG vont continuer à se tourner vers la finance islamique pour financer leurs projets. Par exemple, la Kuwait National Petroleum Company a confirmé qu’elle allait financer l’un de ses projets grâce à un emprunt par voie de sukuk et accéder ainsi pour la première fois aux marchés de la dette islamique. En effet, le Koweït entend augmenter la production de pétrole à 4 millions de barils par jour d’ici 2020. Cela pourrait renforcer sa position en tant qu’un des plus grands producteurs de pétrole du monde et potentiellement augmenter les contributions du pétrole à son PIB qui représente déjà plus de 50%.

Le Sultanat d’Oman avec une production de pétrole brut en février à 1,01 million de barils par jour ouvre ses portes aux entreprises de prospection internationales pour stimuler sa production d’hydrocarbures. Cela a conduit la firme malaisienne South Sea Energy partenaire clé de Petrotel Oman à réaliser une incursion sur le marché du sultanat en révélant avoir engagé la Banque Nizwa pour organiser une facilité de financement islamique structurée de 150 millions de dollars pour financer un projet de développement et de production dans le gouvernorat de Musandam.
Une voie de financement pour la Saudi Aramco

Le nombre d’entreprises du secteur des hydrocarbures ayant eu recours aux financements Charia compliant ont quadruplé cette année avec en tête la Saudi Aramco et ses 10 milliards de dollars de contrats islamiques.

L’industrie pétrolière et celle de la finance islamique sont intimement liées dans les pays arabes producteurs de pétrole : l’une finance l’autre, lorsque les prix du pétrole baissent, l’industrie financière islamique sert d’amortisseur des déficits publics et lorsqu’ils augmentent elle permet de transformer la liquidité en investissements.

Autant pour les pays arabes producteurs de pétrole que pour les promoteurs de l’industrie financière islamique, il devient crucial de prendre des mesures stratégiques et de mettre en œuvre des réformes vitales permettant d’assurer leur survie. Il est dorénavant indispensable de diversifier les sources de revenus et de limiter la dépendance pétrolière s’ils souhaitent conserver leur vitalité une fois la transition énergétique réalisée.

Il est intéressant de voir comment les héritiers de John Davison Rockefeller, qui avait fondé la première compagnie pétrolière à la fin du XIXe siècle, viennent de céder la totalité de leurs actifs détenus dans Exxon Mobil considérant le secteur polluant et donc condamné à disparaître. Si les pays arabes producteurs de pétrole et l’industrie de la finance islamique veulent continuer à se développer, il est nécessaire de se réinventer en offrant une véritable alternative permettant le financement de l’économie réelle et le développement économique et social. Cela ne pourra être possible que par la compétitivité, l’innovation permanente et le développement des marchés de banque de détail et d’assurance takaful.

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Pour aller plus loin, lire la finance islamique : bilan 2015 et perspectives 2016

Finance islamique : bilan 2015 et perspectives 2016

En 2016, le secteur de la finance islamique fait face à trois défis majeurs : la baisse des prix du pétrole, les changements rapides de la régulation financière mondiale et la fragmentation du marché. Malgré des chiffres quelque peu en berne pour l’année 2016, les analystes tablent toujours sur une croissance à l’horizon 2020.

La croissance du secteur va probablement ralentir en 2016, l’industrie a atteint une masse critique en 2015, avec un actif total dépassant 2 000 milliards de dollars. Selon le dernier rapport annuel de l’Islamic Finance News, l’industrie fait face aujourd’hui à trois défis majeurs : la baisse des prix du pétrole, les changements rapides de la régulation financière mondiale et la fragmentation du marché.

Selon Standard and Poor’s, la croissance de l’industrie devrait passer en 2016 à un taux de croissance à un chiffre contre des taux croissance qui allaient de 10 à 15 % au cours de la dernière décennie.

Une baisse des émissions de sukuk

Le marché mondial des sukuk a baissé en 2015 en raison de l’interruption des émissions de la banque Negara (banque centrale malaisienne) qui avait émis 50 milliards de sukuk en 2014 et représentait près de 50 % du marché. En 2016, les émissions de sukuk devraient se situer dans une fourchette comprise entre 50 à 55 milliards de dollars, toujours selon l’agence de notation Standard and Poor’s, alors qu’elles représentaient 63,5 milliards en 2015 et 116,4 milliards en 2014.

En 2015, dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar), les émissions d’obligations conventionnelles fondées sur l’intérêt ont augmenté de 140 % à 58 milliards de dollars, alors que les sukuk reculaient de 22 % à 18 milliards de dollars.

3 000 milliards dans les années 2020

La finance islamique va toutefois conserver l’élan nécessaire pour continuer à progresser et à maintenir une certaine croissance. En effet, les gouvernements du monde entier voient dans cette finance un outil pour maintenir leurs dépenses budgétaires et contrer l’impact négatif des prix du pétrole sur leurs budgets. Les changements réglementaires pourraient aider l’industrie à résoudre les problèmes liés à l’absence d’instruments de gestion des liquidités et lui permettre d’appliquer plus rigoureusement le principe du partage des pertes et des profits. Quant à la normalisation des pratiques, elle pourra permettre d’améliorer l’intégration de l’industrie et sa capacité d’innovation.

Les analystes estiment que l’industrie devrait atteindre une valeur de 3 000 milliards de dollars dans le courant de la prochaine décennie. Cette croissance sera probablement le résultat de la combinaison à la fois des efforts déployés par les acteurs de la finance islamique et de sa contribution au développement de l’économie réelle, qui alimente l’intérêt des États et des institutions qui sont en charge du développement.

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Voir la finance islamique française en 2016

La finance islamique au service du développement des économies africaines

La Société islamique pour le développement du secteur privé (SID) estime, dans un rapport mettant en exergue les opportunités et le potentiel de développement de la finance islamique en Afrique, que la finance islamique est en mesure de mobiliser les ressources financières permettant d’apporter au continent une croissance durable.

Alors que les déficits budgétaires ne cessent de croitre, la région a besoin de 93 milliards de dollars pour financer son développement. L’Afrique subsaharienne compte 17% des personnes non bancarisées de la planète, le développement de la micro finance islamique pourrait offrir la possibilité d’encourager l’inclusion financière.

Aujourd’hui, avec l’usage de la finance islamique, les États africains souhaitent sortir de la spirale de la dette et opter pour une finance plus équitable leur assurant un développement durable. L’aide publique au développement fournie par les pays industriels du Nord aux 122 pays du Tiers-monde s’est élevée à 88 milliards de dollars en 2012. Durant la même année, ces derniers ont transféré aux banques du Nord une somme supérieure au service de la dette.

C’est dans le but d’éviter ces effets pervers et d’assurer un développement économique et social vertueux dans les 56 États membres de l’OCI que la Banque Islamique de Développement (BID) joue un rôle moteur sur le continent africain. La BID souhaite consacrer au financement d’infrastructures 7 milliards de dollars dans les cinq prochaines années en Afrique, ce qui représente près d’un tiers de son budget. Cet engagement s’est matérialisé par la signature d’un accord avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui a identifié dans son plan stratégique 2014-2021 le développement de la finance islamique comme étant un axe prioritaire.

Nouvelle banque islamique en Tunisie

Selon le premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Duncan, « la finance islamique est une opportunité pour les pays africains qui éprouvent des besoins de financement de leurs économies en marche vers l’émergence ». Le 20 novembre dernier, la Côte d’Ivoire émettait son premier sak souverain. L’opération a porté sur la collecte de près de 230 millions d’euros (150 milliards de FCFA), il s’agit d’une première tranche puisque la Côte d’Ivoire a l’intention de lever à nouveau la même somme par voie de sukuk d’ici à 2020. Après le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire ; le Nigeria, le Niger et la Tunisie comptent en faire autant.

A noter qu’en Tunisie, une nouvelle banque islamique est prête à voir le jour : El Wifack Leasing a obtenu un accord de la banque centrale pour devenir une banque islamique à part entière, dotée d’un capital de 150 millions de dinars tunisiens, la Wifack Islamic Bank (WIB) deviendra après El Baraka et Zitouna la 3ème banque islamique tunisienne. En Ouganda, le parlement a approuvé le projet de réforme de ses institutions financières et donné son accord pour l’introduction des services bancaires islamiques, un Conseil consultatif de la Charia sera créé au sein de la banque centrale.

Le dynamisme marocain

Le journal l’Economiste rapporte qu’Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Banque centrale du Maroc, a indiqué qu’une quinzaine d’institutions financières ont déposé des demandes d’agrément pour l’obtention des licences bancaires participatives. Parmi elles on retrouve l’alliance BMCI et BNP Paribas Nejmah ainsi que BCP qui envisage un partenariat stratégique avec Guidance Group, groupe américain spécialisé dans l’investissement immobilier. On peut également citer Al Baraka Bank qui sera détenue par parts égales par le groupe Baraka et BMCE.

Tout récemment Reuters a rapporté que le Crédit Immobilier et hôtelier (CIH Bank) a déposé une demande d’agrément dans le but de lancer une filiale dédiée à la finance islamique. Cette filiale doit être créée en partenariat avec la banque qatarie Qatar International Islamic Bank (QIIB) qui ambitionnait de s’implanter au Maroc depuis déjà plusieurs années et qui détiendra 40 % des parts de la future banque. Le lancement est attendu courant 2016, une fois les autorisations nécessaires obtenues.

Quant au développement du Takaful, un projet de loi a été approuvé le 14 mai 2015 par le Conseil de gouvernement en vue de sa transmission au parlement. Rappelons que le Maroc s’est doté d’un comité de conformité à la Charia central destiné à encadrer le développement et assurer la conformité du secteur participatif. Ce comité est composé de 15 membres : 10 jurisconsultes et 5 experts financiers.

Un ralentissement en Asie et au Moyen-Orient

En Indonésie, première économie d’Asie du Sud-Est et pays musulman le plus peuplé au monde, le régulateur a pris des dispositions afin de développer le secteur financier islamique qui représente actuellement moins de 5% des actifs bancaires indonésiens. Lorsque l’on sait que ces actifs avoisinent 50 % en Arabie Saoudite et 25 % en Malaisie, il est aisé d’entrevoir la réserve de croissance considérable du secteur indonésien. Parmi les disposition retenues on notera la fusion de quatre filiales islamiques de banques conventionnelles (fenêtres islamiques) appartenant à l’ État en vue de créer une seule banque publique islamique ayant une taille lui permettant d’être plus compétitive face à ses concurrentes conventionnelles.

Cependant, malgré le dynamisme africain et indonésien, la croissance du secteur va probablement ralentir en 2016, l’industrie a atteint une masse critique, avec un actif total dépassant 2 000 milliards de dollars. Selon le dernier rapport annuel de l’Islamic Finance News, l’industrie fait face aujourd’hui  à trois défis majeurs: la baisse des prix du pétrole, les changements rapides de la régulation financière mondiale et la fragmentation du marché. Selon Standard and Poor’s la croissance de l’industrie devrait passer en 2016 à un taux de croissance à un chiffre contre des taux croissance qui allaient de 10 à 15% au cours de dernière décennie.

Le marché mondial des sukuk a baissé en 2015 en raison de l’interruption des émissions de la banque Negara (banque centrale malaisienne) qui avait émis 50 milliards de sukuk en 2014 et représentait près de 50 % du marché. En 2016, les émissions de sukuk devraient se situer dans une fourchette comprise entre 50 à 55 milliards de dollars, toujours selon l’agence de notation Standard dans Poor’s, alors qu’elles représentaient 63,5 milliards en 2015 et 116,4 milliards en 2014. En 2015 dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar), les émissions d’obligations conventionnelles basées sur l’intérêt ont augmenté de 140 % à 58 milliards de dollars alors que les sukuk reculaient de 22% à 18 milliards de dollars.

3 000 milliards dans les années 2020

La finance islamique va conserver l’élan nécessaire pour continuer à progresser et maintenir une certaine croissance. Les gouvernements du monde entier voient dans cette finance un outil pour maintenir leurs dépenses budgétaires et contrer l’impact négatif des prix du pétrole sur leurs budgets. Les changements réglementaires pourraient aider l’industrie à résoudre les problèmes liés à l’absence d’instruments de gestion des liquidités et lui permettre d’appliquer plus rigoureusement le principe du partage des pertes et des profits. Quant à la normalisation des pratiques, elle pourra permettre d’améliorer l’intégration de l’industrie et sa capacité d’innovation.

Les analystes estiment que l’industrie devrait atteindre une valeur de 3000 milliards de dollars dans le courant de la prochaine décennie. Cette croissance sera probablement le résultat de la combinaison des efforts déployés par les acteurs de la finance islamique ainsi que sa contribution au développement de l’économie réelle, qui alimente l’intérêt des États et institutions en charge du développement.

Quant à l’Europe, rappelons que le Luxembourg au travers de la politique volontariste de son Premier ministre a réaffirmé son souhait de voir une banque islamique sur son sol et se prépare à une nouvelle émission de sak souverain.

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L’assurance takaful en Algérie : état des lieux

D’après le Conseil national des assurances (CNA), le chiffre d’affaires du marché direct du secteur des assurances était de 118,9 milliards de dinars (995 millions d’euros) au 31 décembre 2014, en progression de 7,4 % par rapport à 2013.

Le chiffre d’affaires réalisé par les assurances dommages (assurances de biens et de responsabilités) est estimé à 110,5 milliards de dinars (928 millions d’euros) et représente une part de marché de 93 %. Le montant des primes d’assurance/habitant s’élève à l’équivalent de 40 dollars contre une moyenne mondiale de 662 dollars.

L’assurance en Algérie est un secteur peu développé mais à fort potentiel de croissance. L’ordonnance du 25 janvier 1995 a mis fin au monopole de l’État et a permis la création de sociétés privées. Malgré cela, le secteur est encore largement dominé par les compagnies publiques. Les assurances de personnes (épargne, santé, prévoyance) sont en phase de démarrage avec 9 % du marché, dans les pays où l’assurance est bien développée elles représentent généralement plus de 75 %.

Un seul opérateur takaful

L’assurance takaful n’existe qu’à travers Salama Assurances créée en 2000 et ce en dépit de l’inexistence d’une réglementation spécifique. Elle est une filiale d’un groupe international d’assurance et de réassurance spécialisé dans le takaful, Salama lslamic Arab Insurance Company (IAIC).

Salama Assurances dispose de plus de 200 points de vente et 6 directions régionales. Salama Assurances a su grandir et évoluer sur le marché algérien, avec en 2013 un taux de croissance de 24 %, sa part de marché qui était de 2,5 % il y a cinq ans ; elle est aujourd’hui de 4,5 % avec 500 000 clients et plus de 4 milliards de dinars (33 millions d’euros) de chiffre d’affaires. Salama a réussi à se hisser au rang de la 4e compagnie privée d’Algérie.

Les freins au développement du takaful

Le peu d’assurances obligatoires, le manque de culture assurantielle et de communication sont de véritables freins au développement de l’assurance takaful en Algérie.

Par ailleurs, les assurances épargne et prévoyance ont du mal à se développer en raison d’un marché financier limité alors qu’elles doivent contribuer au financement de l’économie du pays. Il est important de rappeler que le cadre réglementaire impose depuis juin 2011 aux compagnies qui souhaitent commercialiser des assurances de personnes de disposer de filiales spécialisées.

Un avenir prometteur

Malgré ces freins, l’avenir semble prometteur. Le développement d’Internet va profiter au secteur des assurances en général et au takaful en particulier. Avec la possibilité de réaliser des devis en ligne, de déclarer des sinistres et de gérer les contrats souscrits, le secteur de l’assurance va se démocratiser et s’étendre à l’ensemble du pays (aujourd’hui plus de 50 % du marché est concentré dans la wilaya d’Alger).

Le changement des habitudes de consommation et la prise de conscience des consommateurs vers des produits plus conformes à leur éthique et valeurs religieuses ainsi que la hausse du niveau de vie vont contribuer à dynamiser l’activité.

D’autre part, l’assurance takaful famille (assurance de personnes) va permettre d’apporter des solutions répondant aux nouveaux enjeux socio-économiques par le développement de complémentaires santé et de garanties des accidents de la vie.

Certes, les assurances catastrophes naturelles et risques automobiles ont été rendues obligatoires. Cependant, si l’on veut assister à un véritable essor de l’assurance en Algérie qui permette d’assurer le développement et le financement de l’économie, il est nécessaire de légiférer afin de rendre d’autres branches d’assurances obligatoires et de donner un cadre juridique spécifique à l’assurance takaful comme ont su le faire la Tunisie et le Maroc.

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Lire notre article sur l’Islamic Banking en Algérie

L’islamic banking en Algérie : état des lieux

D’après l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (ABEF), le secteur bancaire algérien compte 20 banques, 5 sociétés de leasing et 4 établissements financiers. En total de bilans cumulés, ces établissements représentent 10 059 milliards de dinars (83 milliards d’euros) et emploient près de 40 000 personnes. Le secteur public domine largement le secteur avec 90 % du marché.

Les banques islamiques et autres institutions privées se partageant les 10 % restants. On distingue, selon l’importance de leur activité financière, les banques dont l’activité est exclusivement islamique et celles qui exercent une activité conventionnelle et qui disposent de fenêtres islamiques.

Les banques islamiques

L’activité financière islamique est aujourd’hui une composante majeure de l’industrie bancaire algérienne. L’arrivée de la première banque islamique d’Algérie, Al Baraka, coïncide avec le vote de la loi sur la monnaie et le crédit du 14 avril 1990 mettant fin au monopole d’État. Son arrivée sur le marché fut le résultat d’un rapprochement entre la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR) et le groupe Al Baraka en la personne de son président, le cheikh Salah Abdallah Kamel.

Après plus de vingt années de présence sur le sol algérien, Al Baraka détient 2 % du marché global et près de 15 % du marché bancaire privé, c’est la première banque islamique du pays. Les statuts de la banque prévoient de contribuer à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Dans cette optique de solidarité, la banque a signé une convention en 2006 avec le ministère des Affaires religieuses afin de gérer, bénévolement, un dispositif permettant de distribuer des prêts non rémunérés finançant la création de micro-entreprises par des promoteurs démunis. À la fin de 2011, le nombre des microprojets financés par ce dispositif dépassait les 4 000, selon Nasser Hideur, secrétaire général de la banque, pour un montant cumulé de 762,2 millions de dinars (6,4 millions d’euros).

Agréée en 2008, Al Salam Bank Algeria, deuxième banque islamique du pays, est le fruit d’une coopération émiratie et algérienne. Les services offerts s’adressent aux entreprises ainsi qu’aux particuliers avec la mise à disposition d’offres de financements et d’épargne et de tous les services qu’une banque peut offrir à ses clients.

Les fenêtres islamiques

L’Algeria Gulf Bank (AGB) a été créée le 15 décembre 2003, par l’apport de trois banques (Burgan Bank, Jordan kuweit Bank et Tunis International Bank), leaders sur leurs marchés, appartenant au groupe Kuwait Project Company (KIPCO). La banque propose des solutions de financements conventionnels et islamiques, en 2013, 22 % des crédits octroyés étaient conformes à l’éthique musulmane.

La Trust Bank Algeria a lancé une islamic window et propose à ses clients une solution de financement murabaha ainsi qu’un compte d’épargne participatif permettant à la banque de partager ses gains avec ses clients.

Une offre qui devrait s’étendre rapidement aux banques conventionnelles

Malgré l’absence d’un cadre légal et réglementaire spécifique, les institutions financières algériennes proposant des solutions financières islamiques ont su apporter la preuve de la viabilité de ce modèle ainsi que son utilité.

En effet, les banques islamiques permettent d’accroître le taux de bancarisation de la population et contribuent au financement de l’économie. La demande pour ces solutions est tellement forte qu’elle pousse de grands acteurs conventionnels à les proposer, l’Agence Ecofin rapportait que la filiale algérienne du groupe bancaire français BNP Paribas a pour ambition de lancer dans un futur proche des produits financiers islamiques afin de satisfaire les besoins de sa clientèle.

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Lire notre article sur l’assurance takaful en Algérie

Opération séduction pour la finance islamique

L’économie mondiale halal est en plein essor, sur de multiples secteurs tels que l’alimentation, la mode, les médias, le tourisme, les cosmétiques, la médecine ou encore les services financiers. La finance islamique, qui en est l’expression majeure, connaît un essor exponentiel de ses actifs. Ils n’étaient que de 150 millions de dollars en 1995 et sont aujourd’hui passés à plus de 2000 milliards de dollars. A elles deux, elles devraient atteindre 6500 milliards de dollars à l’horizon 2020.

Le concept d’économie islamique est né vers la fin des années 40 pour promouvoir un ordre économique conforme aux textes et traditions de l’Islam, ouvrant une autre voie qui ne soit ni capitaliste ni socialiste. D’abord théorique, cette vision d’une nouvelle économie trouve une application pratique dans les années 1970 avec le développement d’un système bancaire jetant les bases d’une « finance islamique ».

En 1975, l’OCI (organisation de la conférence islamique) crée la Banque Islamique du Développement (BID), ouvrant la voie à de multiples initiatives publiques et privées dans les pays musulmans, notamment à Dubai, au Koweit, en Malaisie, au Soudan, en Iran, au Pakistan. En 1992, l’AAOIFI (Accounting and AuditingOrganization for Islamic Financial Institutions) est créée à Alger, puis déplacée à Bahrein. Cette institution a joué un rôle important dans l’expansion de la finance islamique en mettant en place des normes communes.

La finance islamique représente aujourd’hui moins de 2% du secteur financier mondial, avec plus de 2000 milliards d’euros d’actifs. Mais sa réserve de croissance est considérable : seuls 40 millions des 1.6 milliards de musulmans en sont aujourd’hui clients. Le Fonds monétaire international (FMI) y a consacré un rapport, qui estime que les actifs des institutions financières islamiques ont été multipliés par 9 entre 2003 et 2013.

La conformité à l’Islam

« La mission principale de l’économie et de la finance islamiques ne peut pas être différente de celle de l’Islam lui-même », souligne le Dr Umer Chapra conseiller principal à l’Institut de Recherche et de Formation Islamique (IRTI) de la Banque Islamique de Développement (BID) à Djeddah. Ainsi, tous les secteurs de la société, politique et économique, sont tenus d’assurer la justice et le bien-être réel de toutes les femmes et tous les hommes vivant sur terre. Compartiment de la finance éthique, la finance islamique recouvre l’ensemble des transactions et produits financiers conformes à la loi musulmane.

Comme le Coran, elle repose sur 5 piliers propres : l’interdiction de l’intérêt, la prohibition de la réalisation d’investissements aléatoires et incertains, la spéculation hasardeuse, l’obligation de partager les pertes et profits et l’obligation d’investir exclusivement dans l’économie réelle et tangible. A ces règles, s’ajoute l’exclusion de certains secteurs d’investissement jugés nocifs à la vie humaine : comme celui du tabac, de l’alcool, de la pornographie, de l’armement et des jeux d’argent.

Au printemps dernier, le Fonds monétaire international (FMI)   rapport intitulé « Finance Islamique  : « Opportunités, défis et options stratégiques ». Il indique que bien que des normes spécifiques aient été élaborées par des organismes de normalisation spécialisés, les cadres réglementaires et de surveillance dans de nombreuses juridictions ne répondaient pas encore aux risques de l’industrie. Dans ce contexte, le FMI a suggéré aux institutions financières islamiques d’harmoniser leurs pratiques au vu des divergences existantes entre les écoles juridiques musulmanes dans l’interprétation des sources du droit musulman. Cette question donne lieu à débat. Ces divergences d’interprétation dans les textes sont minoritaires car, dans l’ensemble, les solutions adoptées par l’industrie sont consensuelles.

Une uniformisation totale pourrait freiner l’innovation dans l’industrie ce qui contribuerait à rendre le secteur moins dynamique. Le rapport du FMI reconnaît cependant que la finance islamique peut promouvoir la stabilité sur le plan macro-économique, et cela, en raison du fait qu’elle interdit la spéculation et remplace le système du crédit à intérêts (ribâ) par une logique d’échange (ijara, istisna, salam) ou de partage des risques (musharaka, mudaraba) et qu’elle est en mesure de les combiner afin d’assurer le financement de l’économie (sukuk, takaful).

Un fort développement en Afrique

Lorsque l’on constate le dynamisme de l’industrie, notamment en Afrique, on comprend mieux pour quelles raisons le FMI s’y intéresse… La finance islamique apporte des sources de financement alternatives qui pourraient remettre en cause l’hégémonie du Fonds monétaire international. En effet, les pays africains sont lourdement endettés et les solutions offertes par la finance islamique peuvent contribuer à leur développement et d’enrayer la spirale infernale de la dette et des intérêts.

C’est pour cela que, d’après l’agence Reuters, la Côte d’Ivoire et le Nigeria ont lancé des négociations avec la Société islamique de développement du secteur privé (SID) qui est une filiale de la Banque islamique de développement (BID) dans le but de favoriser l’émission de sukuks. La Tunisie a elle aussi annoncé son intention d’émission d’un sukuk de 264 millions de dollars (245 millions d’euros) au troisième trimestre 2015.

Quant à l’Egypte elle souhaite en faire autant dans un futur assez proche. La SID a également annoncé que le Niger souhaite lui aussi émettre des sukuks pour une valeur de 150 milliards de francs CFA (près de 230 millions d’euros). Le Sénégal a mobilisé, en 2014, 100 milliards de CFA et a été primé meilleur projet africain 2015 pour la finance islamique. Le pays souhaite renouveler l’expérience pour financer le Plan Sénégal Émergent qui prévoit des projets stratégiques comme la ligne de train express régional entre Dakar et le nouvel aéroport de Diass.

D’après M. Thursby, directeur général du groupe de la National Bank of Abu Dhabi, première banque mondiale en matière de gestion des émissions de sukuk, le marché international de sukuk va devenir une source de plus en plus courante pour le financement des économies islamiques et non-islamiques. Il estime que l’industrie de la finance islamique devrait doubler au cours des cinq prochaines années.

Le Maroc est entré dans cette course à la finance islamique. Un dahir royal a été publié le 16 février dernier en vue de compléter la loi sur les banques participatives. Le texte porte sur la création d’un Shariah Board central, commission composée de neuf jurisconsultes placés sous la tutelle directe du Conseil supérieur des oulémas, qui sera chargé de superviser et de contrôler la conformité des opérations des banques participatives aux règles de la finance islamique.

Dans les faits, les banques islamiques du Golfe se présentent aux portes du Royaume chérifien afin d’y implanter leurs filiales. Par ailleurs, des banques marocaines telles que la Banque Centrale Populaire (BCP), Attijariwafa ou encore la Banque Marocaine de Commerce Extérieur (BMCE), ont déjà annoncé la création de filiales islamiques.

En Asie et en Europe aussi

En Asie, Hong Kong cherche à se positionner comme une place financière de premier choix pour la finance islamique et à capitaliser sur la croissance des liens commerciaux entre la Chine et le Moyen-Orient. Les États asiatiques, comme les États africains, cherchent à attirer les investisseurs musulmans extérieurs. Il existe en effet de nombreux investisseurs du Moyen-Orient à la recherche de diversification et de nouvelles opportunités d’investissement qui avaient plutôt tendance jusqu’à présent à investir en Europe ou aux États-Unis.

En Europe continentale, la première banque islamique vient de voir le jour : la banque islamique turque Kuveyt Türk Bank a obtenu l’autorisation d’opérer de l’autorité de régulation bancaire allemande (Bafin). La banque projette d’ouvrir des agences dans les trois villes allemandes ayant une forte population turque (Berlin, Francfort et Cologne). L’Allemagne compte plus de 4 millions de musulmans et le marché allemand est évalué par les analystes à plus d’un milliard d’euros.

En Grande-Bretagne, une consultation publique lancée en avril dernier a révélé une demande réelle pour des financements « Shariah -compatibles » destinés aux étudiants de l’enseignement supérieur. Le gouvernement britannique a décidé de conduire une étude de faisabilité et il est possible qu’un financement alternatif fidèle au droit musulman puisse voir le jour en 2016.

Pour le premier ministre du Luxembourg, M. Xavier Bettel, il est nécessaire d’explorer l’avenir de la finance et de l’économie islamique et la place luxembourgeoise a été la première à coter un sak en Europe dès 2002.

La France pourrait être le second marché mondial du takaful

Un marché prometteur en France Avec une fourchette comprise entre 2,1 et 5 millions de musulmans, dont deux millions seraient de nationalité française, la France compte plus de musulmans que le Liban, le Koweït, le Qatar, Bahreïn, les Émirats arabes unis, la Palestine, les Îles Comores ou même Djibouti. La France est le premier pays européen par l’importance de sa communauté musulmane et le demeurera puisque d’après le PewResearch Center ils représenteront 10 % de la population à horizon 2030.

Non contente de disposer d’une cible confessionnelle conséquente, la France serait le pays européen où les musulmans sont les mieux pourvus en comptes bancaires. Avec 41 % de Français musulmans « pratiquants», selon l’institut de sondage Ifop, la cible de clientèle susceptible d’être intéressée par la finance islamique représenterait plus de deux millions de clients potentiels. De quoi s’intéresser à ce marché encore balbutiant ! Un acteur en mesure d’offrir des produits conformes et performants aurait ainsi de belles perspectives de développement.

L’adoption en juillet 2010, à l’initiative de Christine Lagarde, d’instructions fiscales destinées à ne pas pénaliser les opérations de finance islamique par rapport aux opérations conventionnelles, a permis en outre d’accélérer le développement d’un marché qui ne semble attendre que cela. A ces conditions particulièrement propices à l’essor de la finance islamique, on peut ajouter le fait que le droit des assurances prévoit des statuts parfaitement compatibles avec les principes du takaful sans qu’il soit nécessaire de légiférer au d’amender.

La France est, d’après la revue SIGMA, le cinquième marché mondial de l’assurance avec un taux de pénétration de presque 10 %. Le rapport annuel 2014 de la FFSA (Fédération française des sociétés d’assurances) fait état de 200 milliards d’euros de cotisations tous marchés confondus en France.

Avec 94 % de personnes prêtes à souscrire si des acteurs sont en mesure d’offrir des produits compétitifs, le takaful pourrait peser 1 200 millions d’euros de cotisations en assurance-automobile, 600 millions d’euros en assurance-habitation et 1 700 millions d’euros en assurance-vie, soit 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur ces trois branches. En ne captant que 1,75 % du marché français de l’assurance, la France pourrait devenir ainsi le second marché mondial du takaful qui représentait d’après Ernst and Young un montant total de 11 milliards d’euros en 2014.

Cette prise de leadership sur le marché du takaful peut permettre de se différencier des places londonienne et luxembourgeoise qui ont fait le choix d’émettre des sukuk souverains afin d’attirer les investisseurs moyen-orientaux. C’est probablement pour toutes ces raisons que la Banque centrale européenne a estimé dans un rapport paru en juin 2013 que la finance islamique semblait avoir un bon potentiel à développer en France.

Malgré tout, du côté de l’offre, les produits proposés sont limités : une seule banque aujourd’hui réalise des opérations de financement Charia-compatible. La Banque Chaabi, filiale française de la banque marocaine, propose une solution de financement immobilier Murabaha et une convention de compte de dépôt. Concernant l’assurance, il n’y a pas de solutions takaful-dommages (assurances de biens et de responsabilités). Seules existent des solutions takaful-famille (assurances de personnes).

Des sukuk souverains pour booster le marché

L’administration fiscale a publié une instruction, le 23 juillet 2010, décrivant les principales caractéristiques des sukuks  et les conditions permettant de bénéficier d’un régime fiscal neutre par rapport aux obligations conventionnelles. Selon l’Agence France Trésor, les besoins de financement de la France en 2015 s’élèvent à 192,3 milliards d’euros, couverts pour l’essentiel par 187 milliards d’emprunts et complétés par des ressources annexes.

Peut-on envisager que la France puisse un jour en faire autant que le Royaume-Uni ou le Luxembourg en émettant un sukuk souverain ? Sans doute pas tant que le taux moyen des emprunts à moyen et long terme s’établira à en dessous des 1 % (0,46 % en avril 2015), un plus bas taux historique et que l’État français arrivera à trouver des investisseurs pour financer son déficit. Cependant lorsque l’on observe l’évolution de la dette française et ce, qu’elle représente par rapport au PIB (93,5 %), on peut légitimement penser que cela ne durera pas éternellement. Il pourrait être judicieux d’anticiper le jour où les sources de financement viendront à se tarir à l’instar de nos voisins britanniques et luxembourgeois.

Un bel avenir en Algérie

D’après l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers, le secteur bancaire algérien en 2012 comptait 20 banques, 5 sociétés de leasing et 4 établissements financiers. En total de bilans cumulés, ces établissements représentent 10 059 Mds DZD (83 Mds €) et emploient près de 40 000 personnes. Inutile de préciser que le secteur public domine largement le secteur avec 90 % du marché. Les banques islamiques et autres institutions privées se partageant les 10 % restants. On distingue selon l’importance de leur activité financière, les banques dont l’activité est exclusivement islamique et celles qui exercent une activité conventionnelle et qui disposent de « fenêtres » islamiques.

BANQUES D’un côté, les banques islamiques…

L’arrivée de la première banque islamique d’Algérie, Al Baraka, coïncide avec le vote de la loi sur la monnaie et le crédit du 14 avril 1990 mettant fin au monopole d’État. Son arrivée sur le marché fut le résultat d’un rapprochement entre la Banque de l’Agriculture et du Développement Rural (BADR) et le groupe Al Baraka en la personne de son président, le Cheikh Salah Abdallah Kamel. Forte d’une présence de plus de vingt ans sur le sol algérien, Al Baraka détient aujourd’hui 2 % du marché global et près de 15 % du marché bancaire privé. C’est la première banque islamique du pays. Les statuts de la banque prévoient de contribuer à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Dans cette optique de solidarité, la banque a signé une convention en 2006 avec le ministère des Affaires religieuses afin de gérer, bénévolement, un dispositif permettant de distribuer des prêts non rémunérés finançant la création de micro-entreprises par des promoteurs démunis.

À la fin 2011, le nombre des micro-projets financés par ce dispositif dépassait les 4 000 selon Nasser Hideur Secrétaire général de la banque pour un montant cumulé de 762,2 millions de DA. Agréée en 2008, Al Salam Bank Algeria, deuxième banque islamique du pays, est le fruit d’une coopération émiratie et algérienne. Les services offerts s’adressent aux entreprises ainsi qu’aux particuliers avec la mise à disposition d’offres de financements et d’épargne et de tous les services qu’une banque peut offrir à ses clients.

…De l’autre,  des fenêtres islamiques

L’Algeria Gulf Bank (AGB) a été créée le 15 décembre 2003, par l’apport de trois banques (Burganbank, Jordan Kuweitbank et Tunis international bank), leaders sur leurs marchés, appartenant au groupe Kuwait Project Company (KIPCO).

La banque propose des solutions de financements conventionnels et islamiques. En 2013, 22 % des crédits octroyés étaient islamiques. La Trust Bank Algeria a lancé une Islamic window et propose à ses clients une solution de financement murabaha (voir glossaire p. 48) ainsi qu’un compte d’épargne participatif permettant à la banque de partager ses gains avec ses clients. Une offre qui devrait s’étendre rapidement aux banques conventionnelles. Malgré l’absence d’un cadre légal et réglementaire spécifique, les institutions financières algériennes proposant des solutions financières islamiques ont su apporter la preuve de la viabilité de ce modèle ainsi que son utilité.

En effet, les banques islamiques permettent d’accroître le taux de bancarisation de la population et contribuent au financement de l’économie. La demande pour ces solutions est tellement forte qu’elle pousse de grands acteurs conventionnels à les proposer. L’Agence Ecofin rapportait en décembre dernier que la filiale algérienne du groupe bancaire français BNP Paribas, BNP Paribas El Djazaïr lançait son offre islamique, avec l’Ijara et le compte El Badil. « Nous attendons l’accord de la Banque d’Algérie, pour la mise sur le marché », confirmait son directeur général, Pascal Fevre.

ASSURANCES

Un marché des assurances peu développé

D’après le Conseil National des Assurances (CNA), au 31 décembre 2014, le chiffre d’affaires du marché direct du secteur des assurances était de 118,9 Mds DZD, en progression de 7,4% par rapport à 2013. Le chiffre d’affaires réalisé par les assurances dommages (assurances de biens et de responsabilités) est estimé à 110,5 Mds DZD et représente une part de marché de 93%. Le montant des primes d’assurance/habitant s’élève à l’équivalent de 40 M USD contre une moyenne mondiale de 662  M USD.

L’assurance en Algérie est un secteur peu développé mais à fort potentiel de croissance. L’Ordonnance du 25 janvier 1995 a mis fin au monopole de l’État et a permis la création de sociétés privées. Malgré cela, le secteur est encore largement par les compagnies publiques. Les assurances de personnes (épargne, santé, prévoyance) sont en phase de démarrage avec 9 % du marché, dans les pays où l’assurance est bien développée elles représentent généralement plus de 75%.

Un seul opérateur takaful

L’assurance takaful n’existe qu’à travers Salama Assurances créée en 2000 et ce, en dépit de l’inexistence d’une réglementation spécifique. Elle est une filiale d’un groupe international d’assurance et de réassurance spécialisé dans le takaful, SalamalslamicArabInsuranceCompany (IAIC).  Salama Assurance dispose de plus de 200 points de vente et six directions régionales. Salama Assurances a su grandir et évoluer sur le marché algérien, avec en 2013 un taux de croissance de 24 %, sa part de part de marché qui était de 2,5 % il y a cinq ans,  est aujourd’hui de 4,5 % avec 500 000 clients et plus de quatre milliards de dinars de chiffre d’affaires. Salama a réussi à se hisser au rang de la 4e compagnie privée d’Algérie.

Les freins au développement du takaful

Le peu d’assurances obligatoires, le manque de culture assurantielle et de communication sont de véritables freins au développement de l’assurance takaful en Algérie. Par ailleurs, les assurances épargne et prévoyance ont du mal à se développer en raison d’un marché financier limité alors qu’elles doivent contribuer au financement de l’économie du pays. Par ailleurs, il est important de rappeler que le cadre règlementaire impose, depuis juin 2011, aux compagnies qui souhaitent commercialiser des assurances de personnes, de disposer de filiales spécialisées.

Une activité appelée à se dynamiser

Malgré ces freins, l’avenir semble prometteur. Le développement d’internet va profiter au secteur des assurances en général et au takaful en particulier, avec la possibilité de réaliser des devis en ligne, déclarer des sinistres et gérer les contrats souscrits, le secteur de l’assurance va se démocratiser et s’étendre à l’ensemble du pays (aujourd’hui plus de 50 % du marché sont concentrés dans la wilaya d’Alger). Pour les promoteurs de l’assurance takaful, le changement des habitudes de consommation et la prise de conscience des consommateurs vers des produits plus conformes à leur éthique et valeurs religieuses ainsi que la hausse du niveau de vie, vont contribuer à dynamiser l’activité.

D’autre part, l’assurance takaful-famille (assurance de personnes) va permettre d’apporter des solutions répondant aux nouveaux enjeux sociaux-économiques par le développement de complémentaires santé et de garanties des accidents de la vie. Certes, les assurances-catastrophes naturelles et risques automobiles ont été rendues obligatoires ; cependant, si l’on veut assister à un véritable essor de l’assurance en Algérie qui permette d’assurer le développement et le financement de l’économie, il est nécessaire de légiférer afin de rendre d’autres branches d’assurances obligatoires.

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Finance islamique : 2015, l’effervescence africaine

Le rapport Finance islamique : opportunités, défis et options stratégiques, rendu public le 6 avril dernier, a montré à quel point les instances internationales de l’économie néolibérale, le Fonds monétaire international (FMI) au premier chef, s’intéressaient de près à la finance islamique.

Bien que la présence de la finance islamique ne soit pas encore tout à fait significative en Afrique subsaharienne, plusieurs éléments annonciateurs de ce début d’année 2015 permettent d’envisager l’apparition prochaine d’instruments financiers qui pourraient soutenir les PME et les activités de micro-crédit sur le continent africain.

Le 17 mars dernier, l’agence Reuters rapportait que la Côte d’Ivoire et le Nigeria avaient lancé des négociations avec la Société islamique de développement du secteur privé (SID) qui est une filiale de la Banque islamique de développement (BID) dans le but de favoriser l’émission de sukuks (emprunts islamiques).

La Tunisie a, elle aussi, annoncé son intention d’émission d’un sukuk de 264 millions de dollars (245 millions d’euros) au troisième trimestre 2015. Quant à l’Égypte, elle souhaite en faire autant dans un futur assez proche.

La SID a également annoncé que le Niger souhaite, lui aussi, émettre des sukuks pour une valeur de 150 milliards de francs CFA (près de 230 millions d’euros). Le Niger se positionne à la suite du Sénégal et de l’Afrique du Sud qui ont initié l’émission de sukuks souverains en 2014.

Le Sénégal souhaite renouveler l’expérience, après avoir mobilisé via son sukuk souverain, en 2014, 100 milliards de CFA et après avoir été primé meilleur projet africain 2015 pour la finance islamique. Le président sénégalais Macky Sall a indiqué s’être rapproché de la Banque islamique de développement (BID), afin de réaliser un deuxième sukuk permettant de mobiliser les ressources nécessaires au financement du plan « Sénégal émergent », qui prévoit des projets stratégiques comme la ligne de train express régional entre Dakar et le nouvel aéroport de Diass.

Les banques islamiques du Golfe sur les starting-blocks

La finance islamique est très dynamique en Afrique, d’après M. Thursby, directeur général du groupe de la National Bank of Abu Dhabi, première banque mondiale en matière de gestion des émissions de sukuks, le marché international de sukuks va devenir une source de plus en plus courante pour le financement des économies islamiques et non islamiques. Il estime que l’industrie de la finance islamique devrait doubler au cours des cinq prochaines années.

Au Maroc, un dahir royal a été publié au Bulletin officiel, le 16 février dernier, en vue de compléter la loi sur les banques participatives. Le texte porte sur la création d’un sharia board central, commission composée de neuf jurisconsultes placés sous la tutelle directe du Conseil supérieur des oulémas, qui sera chargé de superviser et de contrôler la conformité des opérations des banques participatives aux règles de la finance islamique.

Les banques islamiques du Golfe se présentent aux portes du royaume chérifien dans le but d’obtenir un agrément afin d’y implanter leurs filiales. A ce jour ont déposé une demande d’agrément auprès de la Banque centrale marocaine (Bank Al Maghrib) : la Banque d’investissement koweïtienne, la Faisal Islamic Bank ; la Banque islamique internationale du Qatar ; ou encore la Kuwait Investment House Holding. Par ailleurs, des banques marocaines telles que la Banque centrale populaire (BCP), Attijariwafa ou encore la Banque marocaine de commerce extérieur (BMCE) avaient déjà annoncé la création de filiales islamiques.

Rappelons que le Soudan avait été le premier pays africain, en 2007, à procéder à une émission de sukuk pour un montant de 130 millions de dollars (121 millions d’euros). Depuis la finance islamique a fait des émules. Sur le plan international, les actifs financiers islamiques ont doublé en 5 ans, passant de 800 milliards de dollars en 2010 (744 milliards d’euros) à 1 800 milliards de dollars en 2013 (1 674 milliards d’euros). Cependant, moins de 5 % des actifs de la finance participative se trouvent en Afrique, alors que l’on compte 400 millions de musulmans africains sur les quelque 1,6 milliard de musulmans dénombrés dans le monde.

Avec l’arrivée de nouveaux acteurs, on peut espérer un appel d’air en termes de création d’emplois, de financement de l’économie et d’augmentation du taux de bancarisation de la population du continent africain.

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Finance islamique, quand le FMI s’en mêle

Le 6 avril dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a publié un rapport intitulé Finance islamique : opportunités, défis et options stratégiques. Le rapport indique que, bien que des normes spécifiques aient été élaborées par des organismes de normalisation spécialisés, les cadres réglementaires et de surveillance dans de nombreuses juridictions ne répondent pas encore aux risques de l’industrie.

En effet, la mise en œuvre d’une politique monétaire conforme à la charia est difficile en raison de la rareté des instruments de politique monétaire. La finance islamique représente aujourd’hui moins de 2 % du secteur financier mondial, avec plus de 1 800 milliards d’euros d’actifs, sa réserve de croissance est considérable : seuls 40 millions des 1,6 milliard de musulmans en sont clients.

D’autant que l’industrie permet de développer à terme des solutions plus compétitives et innovantes (microfinance, takaful, financement des PME et des projets d’infrastructure, etc.) qui pourront intéresser le plus grand nombre.

Aujourd’hui, le FMI suggère aux institutions financières islamiques d’harmoniser leurs pratiques et cela en partie à cause des divergences existantes entre les écoles juridiques musulmanes dans l’interprétation des sources du droit musulman. Il est important de souligner ici que les divergences d’interprétation dans les textes restent minoritaires et que, dans l’ensemble, les solutions adoptées par l’industrie sont consensuelles. Une uniformisation totale pourrait freiner l’innovation dans l’industrie ce qui contribuerait à rendre le secteur moins dynamique.

La finance conventionnelle perdrait-elle son hégémonie ?

Le rapport indique cependant que la finance islamique peut promouvoir la stabilité sur le plan macro-économique et cela en raison du fait qu’elle interdit la spéculation et remplace le système du crédit à intérêts (ribâ) par une logique d’échange (ijara, istisna, salam) ou de partage des risques (musharaka, mudaraba) et qu’elle est en mesure de les combiner afin de garantir le financement de l’économie (sukuk, retakaful).
D’après le FMI, les actifs des institutions financières islamiques ont été multipliés par 9 entre 2003 et 2013 (40 % en Iran, 12 % en Arabie Saoudite et 10 % en Malaisie). Lorsque l’on constate le dynamisme de l’industrie, notamment en Afrique, on comprend mieux pour quelles raisons le FMI s’y intéresse : la finance islamique apporte des sources de financement alternatives qui remettent en cause son hégémonie.

En effet, les pays africains sont lourdement endettés et les solutions offertes par la finance islamique permettent non seulement d’enrayer la spirale infernale de la dette et des intérêts mais surtout de contribuer au développement des pays africains.

Contrairement aux années passées durant lesquelles la finance islamique connaissait un déploiement sans précédent sans pour autant intéresser les instances internationales, le FMI semble trouver là une source d’inspiration à tel point que le sujet fait désormais partie de l’agenda annuel des discussions des pays membres du G20. Une prochaine session est d’ailleurs organisée le 16 avril prochain à Washington.

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10th World Islamic Economic Forum

Le Forum mondial de l’économie islamique (World Islamic Economic Forum, WIEF) comptait 400 participants lors de sa première édition à Kuala Lumpur (Malaisie) il y a dix ans. Aujourd’hui, ils sont plus de 3 000 à Dubaï (Émirats arabes unis) pour la dixième édition du WIEF qui jouit désormais d’une reconnaissance mondiale sans précédent.

Pour le président de la fondation WIEF, M. The Hon. Tun Musa Hitam, les échanges et la coopération entre les États en vue de favoriser le développement économique restent le meilleur moyen de permettre une meilleure compréhension mutuelle entre les peuples et les cultures.

Le choix de Dubaï comme lieu d’accueil du Forum n’est pas anodin : en effet, la ville la plus peuplée des Émirats arabes unis ne cache pas son ambition de devenir la capitale de l’économie islamique, qui comprend, entre autres, l’industrie pharmaceutique, le tourisme, l’industrie agroalimentaire, les cosmétiques ou encore les services financiers.

Afin d’atteindre cet objectif, des efforts ont été entrepris par Dubaï pour développer sa place financière et plus particulièrement le compartiment de la finance islamique. L’industrie de la finance islamique, qui totalise à ce jour plus de 1 800 milliards de dollars d’actifs, devrait connaître une croissance sans précédent dans les cinq prochaines années pour atteindre 4 000 milliards de dollars à l’horizon 2020. Dubaï se positionne dans le haut du classement, puisqu’elle est déjà la troisième place mondiale pour l’émission de sukuk qui, rappelons-le, sont une innovation majeure dans l’univers de la finance.

Développer des économies fortes par le savoir

Au cours de la cérémonie d’ouverture du Forum, de nombreuses personnalités du monde politique, économique et financier sont intervenues. Premièrement, la gouverneure de la Banque centrale malaisienne, The Hon. Dr Zeti Akhtar Aziz, pour qui « ce Forum est un instrument permettant la coopération entre les entreprises et les États ».
 

Pour le Premier ministre malaisien, The Hon. Dato’ Sri Mohd Najib Tun Abdul Razak, « la question de la sécurité alimentaire et du développement économique est primordiale, la spéculation sur les matières premières ne devant pas être tolérée ». Ces défis majeurs ne pourront être surmontés sans que toute l’attention soit portée vers l’éducation. Après avoir rappelé que les musulmans ont été à la pointe de l’éducation pendant des siècles, il a dressé un constat alarmant concernant le taux d’analphabétisme de certains pays musulmans, qui atteint parfois 40 % chez les hommes et 65 % chez les femmes et les a appelés à se ressaisir.

Le Forum doit permettre de canaliser tous les moyens possibles pour contribuer au développement économique et social des pays musulmans. Il est nécessaire de développer des économies fortes menées par le savoir et d’encourager une culture de l’apprentissage. Le Premier ministre malaisien en a également profité pour rendre hommage à Ladal Yousafzai, Prix Nobel de la paix, obtenu à l’âge de 17 ans en raison de son combat mené pour l’éducation des femmes.

Pour le Premier ministre du Luxembourg, M. Xavier Bettel, qui a fait le déplacement jusque Dubaï, il est nécessaire d’explorer le futur de la finance et de l’économie islamique, c’est une des raisons qui ont poussé la place luxembourgeoise à être la première à coter un sak en Europe dès 2002. « C’est en prônant des valeurs de paix, de tolérance et d’ouverture aux autres cultures qu’il est devenu naturel pour le Luxembourg de diversifier son offre financière. Cela a permis de répondre aux besoins de certains investisseurs désireux de diversifier leurs investissements et de leur offrir des solutions alternatives plus équitables », explique Xavier Bettel. Ce volontarisme affiché envers le développement de la finance islamique contribue à renforcer le dialogue et la compréhension mutuelle permettant une croissance durable.

Plus d’humanisme, d’éducation et de partage

Le président de la Banque islamique de développement (BID), Dr Ahmad Mohamed Ali, a, quant à lui, soulevé quelques problématiques actuelles auxquels les États doivent faire face : Retrouvons-nous nos valeurs dans le monde que nous sommes en train de construire ? Quelle serait la meilleure forme de partenariat à adopter pour surmonter de nouveaux défis tels que les crises économiques ou encore les catastrophes naturelles ?

Il a également interrogé l’assistance sur les gains obtenus par des entreprises impliquées dans des opérations de guerre et de destructions comme celles de Gaza, en Irak ou en Lybie et comment reconstruire ce qui a été détruit.

Il a souligné la nécessité de revenir à des objectifs économiques plus louables pour l’humanité : il faut faire en sorte que les échanges commerciaux et industriels puissent conduire à une amélioration significative des processus de développement économique et social engagés dans les pays membres de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Il a insisté sur la nécessité de faire parvenir aux pauvres qui vivent en marge de l’économie les fruits de ce développement. « Nous ne devons pas oublier la vision et le rêve qui peuvent permettre de réaliser une œuvre commune. La Banque islamique de développement a prévu de mettre en place un partenariat avec la Banque mondiale afin de favoriser l’éducation et du lutter contre l’illettrisme dans les États membres », a annoncé Ahmad Mohamed Ali. Il est également prévu que la BID coopère avec le gouvernement du Royaume-Uni et crée un fonds spécial d’intégration des femmes dans l’activité économique.

Une des conclusions de la cérémonie d’ouverture de la 10e édition du WIEF fut que le monde a besoin de plus d’humanisme, d’éducation et de partage et qu’il est nécessaire de développer une forte coopération entre les pays musulmans et les pays non musulmans. « Il est urgent de partager les valeurs universelles de solidarité et de prospérité permettant à l’humanité de vivre en paix », clame l’assemblée à l’unisson.

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Banque mondiale : finance islamique pour un programme de vaccination

En cette rentrée 2014, nous sommes témoins d’une accélération significative du développement de la finance islamique dans le monde.

En effet, après avoir engagé Standard Chartered et National Bank of Abu Dhabi pour organiser la transaction, la Banque mondiale prévoit de lever 500 millions de dollars de sukuk, cette année, pour aider à financer un programme de vaccination.

De son côté, la banque américaine Goldman Sachs a émis le 23 septembre des sukuk pour un montant de 500 millions de dollars. Rappelons que, fin 2011, la banque avait annulé ce projet à la suite d’un tollé général provoqué par la non-conformité de l’opération : plusieurs incohérences avaient été relevées par les analystes et le shariah board d’Abu Dhabi Islamic Bank l’avait jugé illicite.

Des financements islamiques pour les étudiants britanniques

En Grande-Bretagne, le gouvernement britannique a publié une réponse à la consultation publique qu’il avait lancée en avril afin d’offrir des financements sharia compatibles aux étudiants de l’enseignement supérieur. Le gouvernement britannique a conclu qu’il existe bien une demande pour un produit de finance alternative, même si elle n’est pas à ce jour quantifiable.

Si la consultation publique a montré qu’il existait une réelle demande pour un produit de financement alternatif pour les étudiants, il reste de nombreux obstacles à surmonter : le gouvernement britannique a identifié la nécessité d’une étude de faisabilité complète, ce qui signifie qu’il est peu probable qu’un financement alternatif fidèle au droit musulman puisse voir le jour avant 2016.

Rappelons que le Royaume-Uni a été le premier pays non musulman à avoir émis un sakk souverain et que le Luxembourg en a fait autant le 30 septembre dernier.

L’émirat de Sharjah sur la rampe de lancement

En Afrique, Mohamed Aïssa, nouveau ministre des Affaires religieuses et des Waqf en Algérie, a annoncé, fin août, la création d’une instance de fatwa afin de permettre aux jeunes de bénéficier de financements islamiques.

En Tunisie, Hakim Ben Hammouda, le ministre de l’Économie et des Finances, a déclaré, le 9 septembre, qu’un sakk souverain sera bientôt émis pour une valeur de 300 millions de dollars. Les pays d’Afrique sont de plus en plus nombreux à se tourner vers ce type de financement : après le Sénégal cet été, le gouvernement sud-africain a émis le 24 septembre un sakk souverain d’un montant de 500 millions de dollars qui a été, d’après le Trésor public, quatre fois sursouscrit.

Le gouvernement de Hong Kong a confirmé qu’il souhaitait lancer un sakk d’un milliard de dollars. Et le sakk souverain de Sharjah de 750 millions de dollars sur 10 ans a été plus de dix fois sursouscrit. Il s’agit de la première émission de Sharjah, mais aussi de la première fois qu’un sakk souverain porte sur une maturité de 10 ans.

Dans un pays comme la France, où la croissance est absente et où les investissements manquent, il est grand temps de poursuivre le travail entrepris par Christine Lagarde afin que la finance islamique puisse se développer et apporter sa pierre au redressement du pays.

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